Les occidentaux et les djihadistes


                    Historiquement, le développement militaire du fondamentalisme musulman a été le fait des États-Unis : pour combattre l'Union soviétique, les USA ont financé les premiers groupes wahhabites, de manière à en faire des troupes de guérilleros d'élite. Ceux-ci ont été utilisés en Afghanistan (ils venaient en fait d'Arabie Saoudite) de manière à entraîner l'Union soviétique dans une guerre d'usure dont le but était de ruiner celle-ci.

Interview de Brzezinski, le 15/01/1998 : 


Dans un discours devant le congrès américain, Hillary Clinton rappelle cette histoire, qui se situe parfaitement dans la droite ligne de la géopolitique américaine, et qui éclaire très bien les rapports actuels entre les USA et la Russie. Hillary Clinton semble, dans cette vidéo, se rendre compte elle-même du caractère monstrueux de la politique américaine, et elle a plutôt l'air de dire qu'il faudrait qu'ils arrêtent; évidemment, à entendre ses déclarations actuelles, on n'a pas l'impression qu'elle ait encore compris que les Américains recommençaient exactement les mêmes fautes à l'égard des Russes, sans penser non plus que cette fois cela pourrait leur coûter beaucoup plus cher !

Extrait d'un discours d'Hillary Clinton au congrès américain :

« Nous avons aussi un passé de présence et de retrait au Pakistan, je veux dire, rappelons-nous que les personnes que nous combattons aujourd'hui, nous les avons financés il y a 20 ans et nous l'avions fait car nous étions coincés dans cette lutte contre l'Union soviétique ; ils avaient envahi l'Afghanistan et nous ne voulions pas les voir contrôler l'Asie centrale et nous sommes allés au charbon et c'était le président Reagan, en association avec le congrès mené par les démocrates qui ont dit : « vous savez quoi ? Ça a l'air d'être une bonne idée, faisons affaire avec l’ISI et l'armée pakistanaise, et allons recruter ces moudjahidines. Super, laissons d'autres personnes venir d'Arabie Saoudite et d'autres endroits pour qu'ils s'importent leur branche wahhabite de l'islam afin que nous puissions aller vaincre l'union soviétique ». Et devinez quoi ? Ils se sont retirés, ils ont perdu des milliards de dollars, et cela a conduit à la chute de l'Union soviétique. Donc il y a un argument très fort qui est que ce n'était pas un mauvais investissement de mettre fin à l'Union soviétique mais faisons attention, car qui sème le vent récolte la tempête. Donc nous avons ensuite quitté le Pakistan, nous avons dit : «OK, c'est bon, à vous de vous occupez des armes que nous avons laissées partout dans votre pays, à vous de vous occuper des mines le long des frontières, et au fait, nous ne voulons plus rien avoir à faire avec vous, en fait nous vous sanctionnons ». Donc nous avons arrêté de faire affaire avec l'armée pakistanaise et avec l’ISI, et maintenant nous rattrapons le temps perdu. »


La politique US avec l'Etat islamique

La même politique a été poursuivie avec ISIS, soutenue par les USA contre Bachar-El-Assad : L'ancien général en chef de la "Defense Intelligence Agency", Michael Flynn confirme ses accusations selon lesquelles des membres du gouvernement des États-Unis étaient au courant et ont soutenu la montée des djihadistes en Syrie comme un moyen pour renverser son président, Bachar al-Assad : 

Selon les révélations de l’ancien chef du renseignement américain, les Etats-Unis n’ont pas empêché l’émergence de groupes djihadistes antigouvernementaux en Syrie qui sont devenus Daesh, malgré l’avertissement publié dans un rapport secret de 2012.

L’ancien chef de l’Agence du renseignement de la Défense (DIA) Michael Flynn a confirmé les soupçons formulés à l’encontre de Washington selon lesquels les Américains avaient surveillé la montée en puissance des groupes djihadistes dans l’opposition syrienne.

Le général Flynn croit que le gouvernement américain n’a pas prêté l’attention nécessaire aux déclarations de l’agence qui avait fait un rapport à ce sujet en août 2012. «Je crois que c’était délibéré. Et pour moi, c’était une décision intentionnelle», a souligné l’ancien chef de la DIA.

Ce rapport secret de la DIA montrait que «les salafistes, les Frères musulmanes et Al-Qaïda en Irak étaient les forces les plus importantes de l’insurrection en Syrie» avec le soutien «de l’Ouest, des pays du Golfe et de la Turquie».

Le document a été récemment déclassifié d’après la loi sur la liberté de l’information. Il a dévoilé une analyse de la situation datant de l’été 2012 : «Si la situation dégénère, il y a une possibilité de voir se créer une principauté salafiste, déclarée ou non, dans l’est de la Syrie… et c’est exactement ce que les puissances qui soutiennent l’opposition veulent de façon à isoler le régime syrien».

Ce rapport parle aussi des «conséquences graves» qu’aurait la réalisation de ce scénario parce qu’Al-Qaïda pourrait ainsi reconquérir ses positions en Irak et unifier ses efforts avec les sunnites irakiens, en Syrie, partout dans le monde arabe pour lutter contre les minorités musulmanes qu’il qualifie de dissidentes.

«L’Etat islamique de l’Irak pourrait aussi déclarer un Etat islamique grâce à ses liens avec d’autres organisations terroristes en Irak et en Syrie, ce qui mettrait en danger l’unification de l’Irak et la protection de son territoire», lit-on dans le rapport publié en 2012.

Dans les années qui ont suivi, les groupes terroristes mentionnés dans ce rapport ont créé un Etat islamique (appelé souvent Daesh) et le Front Al-Nosra, un groupe islamique fidèle à Al-Qaïda.

Ces révélations de Michael Flynn apparaissent cinq jours après les déclarations du département d’Etat qui a officiellement accusé le gouvernement de Damas d’être responsable de la montée en puissance de l’Etat islamique.

http://levantreport.com/2015/08/06/former-dia-chief-michael-flynn-says-rise-of-islamic-state-was-a-willful-decision-and-defends-accuracy-of-2012-memo/


Document : le livre de Michel Chossudovsky, professeur d'économie à l'université d'Ottawa, sur les rapports entre le gouvernement US et les organisations terroristes, America's "War on terrorism". (en Anglais)


De fait, ce sont les pays du Proche Orient amis de la Russie qui ont été visés par les USA, en particulier l'Irak, ensuite la Libye, aujourd'hui la Syrie. Le général 4 étoiles américain Wesley Clark l'expliquait très clairement en 2007, au cours d'une conférence à San Francisco, estimant que les USA étaient victimes d'un coup d'Etat de la part de l'équipe de Georges Bush Jr. La destruction de ces Etats visaient explicitement à empêcher à tout prix la Russie de redevenir une grande puissance en éliminant physiquement tous les Etats susceptibles de s'allier avec elle : 


Ray McGovern, de 1981 à 1985, est l'un des officiers de renseignement chargé du briefing quotidien du président américain Ronald Reagan, du vice-président George Bush père, du chef d'état-major interarmes, de membres du gouvernement américain et du Conseil de sécurité nationale américain. Par la suite, il est l'un des analystes principaux chargés de la rédaction du President's Daily Brief, le rapport quotidien de la CIA au président George H. W. Bush.

"Le rapport officiel sur le 11/9 est une plaisanterie. La question est : Qu'est-on en train de dissimuler ? S'agit-il d'une grossière incompétence des pouvoirs publics, d'une grossière négligence, d'un grossier dysfonctionnement ? (...) Il y a à présent une foule de questions sans réponses. Et la raison pour laquelle elles n'ont pas de réponses c'est que l'administration actuelle ne répondra pas à ces questions. (...) Je veux juste réaffirmer ce que Scott [Scott Ritternote 1, ancien commandant du Corps des Marines des États-Unis et ancien inspecteur en chef pour la Commission Spéciale en Irak, diligentée par les Nations Unies] disait, et c'est pour moi la base de l'histoire : tout comme Hitler en 1933 a cyniquement exploité l'incendie du parlement, le Reichstag, notre président a procédé exactement de la même manière en exploitant le 11/9. La manière cynique qu'il a eu de jouer sur notre trauma, a utilisé ce trauma pour justifier une attaque, et lancer ainsi une campagne d'agression envers un pays qu'il savait sans aucun lien avec le 11/9. Cela me suffit, je pense que Scott a complètement raison, il s'agit là à n'en pas douter, d'un délit passible d'une mise en accusation. »


Côté français, le général Desportes a clairement dénoncé la responsabilité pleine et entière dans la création de DAECH, qui n'est rien d'autre que le dernier et le plus ignoble avatar des Moudjahidines afghans. 

Vincent-Desportes-UNIQUE


Le 17 décembre 2014, la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées tenait un débat en séance publique à propos de la prolongation de l’opération Chammal en Irak. Présidée par Jean-Pierre Raffarin la Commission a interrogé lors des débats le Général Henri Bentégeat (2S), ancien chef d’état-major des armées, le Général de corps d’armée Didier Castres, sous-chef d’état-major Opérations, Monsieur Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, le Général de division (r) Vincent Desportes, professeur associé à Sciences Po Paris et Monsieur Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense.

Revenons en détail sur l’intervention du Général Vincent Desportes. Commençant son intervention sur un mot de présentation de Daech, soulignant notamment le danger réel du groupe sur nos intérêts vitaux, ce dernier déclara sans ambages :

"Quel est le docteur Frankenstein qui a créé ce monstre ? Affirmons-le clairement, parce que cela a des conséquences : ce sont les États-Unis. Par intérêt politique à court terme, d’autres acteurs – dont certains s’affichent en amis de l’Occident – d’autres acteurs donc, par complaisance ou par volonté délibérée, ont contribué à cette construction et à son renforcement. Mais les premiers responsables sont les États-Unis. Ce mouvement, à la très forte capacité d’attraction et de diffusion de violence, est en expansion. Il est puissant, même s’il est marqué de profondes vulnérabilités. Il est puissant mais il sera détruit. C’est sûr. Il n’a pas d’autre vocation que de disparaître."

http://www.agenceinfolibre.fr/general-v-desportes-les-etats-unis-ont-cree-daech/

"La France est grande dans le monde, en particulier par sa place au Conseil de sécurité des Nations unies. Mais cette place lui est contestée tous les jours, et il faut qu’elle la défende, qu’elle la légitime tous les jours. Et elle ne peut le faire que par sa capacité de gestion utile des troubles du monde. Ce qui, au passage, impose absolument la nécessité de conforter notre capacité à agir comme « nation-cadre » et à « entrer en premier ». N’en doutons pas : notre place parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et notre influence dans les affaires du monde sont d’abord fondées sur notre capacité à agir de manière concrète dans les crises (capacité et crédibilité)."


La question des réfugiés

Avec le développement de la guerre civile en Syrie, et l'extension du domaine de Daech, des réfugiés de guerre débarquent par dizaines de milliers sur nos côtes. Or la question de la nature exacte des "réfugiés" qui proviennent de Syrie aujourd'hui doit être posée de manière lucide et objective. En dehors du débat sur l'immigration (économique, politique, etc.), la question des réfugiés ne saurait faire l'économie d'un examen politique sérieux qui est incompatible avec l'exploitation sentimentale de photos chocs, ou de grands discours totalement creux sur les "valeurs", qui ne servent au fond qu'à cacher l'essentiel.

Dans le débat actuel, tout ce qui est vraiment grave est totalement occulté. Pleurer sur le sort des victimes est une excellente chose, mais cela ne peut se faire à la place de la recherche des responsabilités et des solutions. Il n'y a aujourd'hui aucune politique sérieuse du traitement de la question.

1 - Il serait tout de même nécessaire de nommer d'abord clairement les coupables de la situation actuelle en Syrie : ce sont les USA en premier, et malheureusement, leurs caniches français, Fabius en tête. France et EUA ont armé une opposition présentée comme "démocratique"; on voit ce qu'il en est aujourd'hui. Aussi longtemps qu'on ne dénoncera pas les coupables, il n'y aura pas de solution possible.

2 - Depuis l'origine du conflit, ce qui arrive maintenant était clairement prédictible, la Russie n'a cessé de le répéter; il se passe exactement ce qu'avait dit Poutine dès le début de l'intervention occidentale. Il n'y a donc pas eu d'erreur, ce qui ne passe n'est pas un accident imprévisible de l'histoire. Tout dictateur qu'il était, Assad maintenait au moins la paix civile. On n'avait aucun droit de chercher à le renverser en sachant ce qui allait inéluctablement arriver. Dans cette affaire, les "démocraties" ont fait le jeu des terroristes, la Russie a été la seule puissance européenne à adopter une attitude lucide.

3 - Les rumeurs qui circulent avec insistance sur le net, comme dans l'article ci-indiqué de Sputnik (http://fr.sputniknews.com/international/20150907/1018022589.html#ixzz3l4ZEq6eq), faisant état de la présence d'un grand nombre de combattants de Daech au milieu des réfugiés, si elles ne sont pas formellement avérées, n'en sont pas moins parfaitement vraisemblables et logiques. Il serait complètement absurde que Daech ne profite pas de cette situation.

4 - Le discours "humanitaire" qu'on nous sort sur cette question, tout beau qu'il soit, ne cache pas le fait que les autorités européennes ne procèdent à aucun contrôle sérieux de ces populations, que tous ceux qui se présentent sont accueillis sans aucune vérification, et que les réseaux islamistes en Europe vont se renforcer diablement.

5 - Il est bien évident qu'aucune solution aujourd'hui n'est possible pour ramener un semblant d'ordre dans le pays sans une concertation avec la Russie et un dialogue honnête avec El-Assad. Persister à écarter la Russie et à exiger la fuite d’El-Assad relève d'une obstination criminelle dans une politique dont les conséquences humaines sont monstrueuses. Et il semble de plus en plus intolérable que ce sont précisément ceux qui portent la responsabilité personnelle de ces horreurs qui jouent en plus les donneurs de leçons.


Aux origines de Daech : la guerre du pétrole

Publié par France-Info, le 19/11/2015, par Jacques Monin


La France peut-elle continuer de signer des contrats avec l’Arabie Saoudite et le Qatar, alors que ces deux pays ont contribué à fabriquer Daech contre lequel nous sommes aujourd’hui en "guerre" ? Comme le démontre notre enquête, le rôle joué par ses deux pays est en effet plus que trouble.


L'influence de l'Arabie Saoudite et du Qatar


Lors du renversement de Saddam Hussein, l’Arabie Saoudite et le Qatar, dont les intérêts divergent souvent par ailleurs, se rejoingent dans la crainte commune de voir se dessiner un croissant chiite aux frontières de leurs pays sunnites. Ils regardent donc favorablement le développement des groupes djihadistes sunnites, sur un terreau alimenté par la déliquescence de l’Etat Irakien, une corruption endémique, et une haine profonde des chiites et des occidentaux. De cette jungle émergeront des groupes djihadistes dont il existe aujourd’hui deux principales composantes : Al Nosra, et Daech.


Des enjeux économiques à l'origine de la montée en puissance de Daech


Dans une région dont la complexité sociale politique et religieuse est séculaire, des projets économiques contemporains ont cristallisé la situation : en 2010, l’Iran projette de construire un pipe-line qui passerait par l’Irak et la Syrie pour acheminer du pétrole et du gaz vers la méditerranée. Cela redistribuerait les cartes de la production pétrolière dans le golfe. Or le gaz pour le Qatar, et le pétrole pour l’Arabie Saoudite, c’est vital. Selon Alain Juillet, ancien directeur du renseignement de la DGSE :
"L’Arabie saoudite et le Qatar prennent très mal l’idée d’un pipeline qui pourraient concurrencer leurs livraisons de pétrole. Ils vont se dire : mais dans le fond le problème c’est Bachar. Il est en train de signer un accord qu’il ne devrait pas signer avec l’Iran. Donc c’est un personnage extrêmement dangereux. Donc il faut renverser Bachar." Cela permet de comprendre pourquoi, le Qatar et l'Arabie Saoudite soutiennent  les mouvements djihadistes. Ils contribuent donc à la montée en puissance de Daech, même si les circuits financiers sont difficiles à établir.


Un financement souterrain existerait toujours pour le pétrole de Daech © SIPA

http://www.francetvinfo.fr/monde/aux-origines-de-daech-la-guerre-du-petrole_1714787.html



Le groupe Etat islamique en passe de devenir autosuffisant


En Arabie Saoudite, explique Pierre Conesa, ex haut fonctionnaire du Quai d’Orsay,  la distinction entre argent public et privé n’existe pas . Il est donc difficile de tracer des circuits officiels par nature opaque. Mais il existe un autre financement qui passe par des associations soit disant caritatives : "Ce pays est une espèce de ghetto dans lequel il n’y a aucune bibliothèque, aucun cinéma, aucun théâtre. Quand les saoudiens vont à l’étranger, ils font donc tout ce qui est leur est interdit chez eux. Et lorsqu’ils reviennent, ils achètent des indulgences en finançant des fondations qui, elles, financent les groupes islamistes."
Le financement du terrorisme a ainsi continué jusqu’en 2013. Il cesse officiellement lorsque les deux pays constatent que leur créature leur échappe. Le groupe Etat Islamique grandit. Il se rapproche de leurs frontières. Et il finira par devenir autosuffisant, à cheval entre la Syrie et l’Irak.


Le pétrole de Daech et son financement souterrain


Un financement souterrain existerait toujours. C’est ce que soutient Loic Le Floch Prigent, l’ancien patron d’Elf qui a longtemps travaillé dans la région et qui reste très informé : "Le pétrole de Daech ne peut sortir et ne peut être payé que par des gens qui sont prêts à le payer et à étouffer son existence." Et d'ajouter : "Il y a forcément derrière des Turcs et des Saoudiens qui le recyclent dans leur propre pays."


La France doit-elle continuer à faire des affaires avec le Qatar et l'Arabie Saoudite ?


En Mai 2015, François Hollande signait au Qatar un contrat portant sur la vente de 24 rafales. En octobre de la même année, soit un mois avant les attentats de Paris, Manuel Valls lance devant un parterre de dignitaires saoudiens : "Venez investir dans notre pays, au cœur de l’Europe, c’est le moment plus que jamais." La question est simple : doit-on continuer à faire des affaires avec des pays qui ont financé une organisation contre laquelle nous nous disons en guerre ? N’y a-t-il pas deux poids deux mesures ? Une posture morale qu’on voulait adopter à Damas, et une autre beaucoup plus cynique, en Arabie Saoudite. Alain Chouet, autre ex patron du renseignement de la DGSE l'exprime clairement : "On ne pourra pas continuer éternellement dans une politique schizophrène. On a fermé les yeux sur l’idéologie prônée par ces pays parce que rien ne se passait chez nous. On n’en voyait pas les effets. Eh bien maintenant on les voit."





La véritable cause de la guerre en Syrie est donc encore une fois le pétrole, et l’acharnement des Anglo-Saxons contre Bachar al-Assad n’a pas grand-chose à voir avec son prétendu statut de dictateur ; l’intervention des Anglo-Saxons a été décidée bien avant le début des soi-disant « printemps arabe », comme l’a révélé très clairement et très franchement Roland Dumas :

Roland Dumas  : Tout à fait. Je veux bien revenir sur ces événements. C’est très simple. Je me trouvais à londrès pour d’autres affaires que la Syrie. Il n’était pas encore question de la Syrie sur la scène internationale, j’y étais pour des affaires commerciales, banales, et les interlocuteurs avec lesquels j’avais affaire, qui étaient des Anglais authentiques, un jour m’ont demandé si j’acceptais de rencontrer des Syriens. J’ai trouvé la question un peu insolite et j’ai voulu en savoir davantage. Je leur ai demandé qui étaient ces Syriens. C’est alors qu’ils m’ont révélé tout de go, sans précautions, qu’il se préparait une action en Syrie, à partir de l’Angleterre, avec des Syriens, des gens du Proche Orient, ils ne m’ont pas dit lesquels, et que cela avait pour but de renverser le régime, qu’une fois pour toutes la révolution allait exister, qui serait très forte, qui s’en prendrait au gouvernement de Bachar el Assad, et que ça allait se déclencher dans les mois qui suivraient. Puis il s’est passé quelques mois. Je suis rentré en France, et j’ai vu à ce moment-là les choses se passer comme on me l’avait dit. Je me suis dit, et j’ai répété et j’ai publié des choses là-dessus : ça n’est pas la première fois que les choses partent de l’Angleterre. Les Anglais travaillent pour les Américains, depuis longtemps maintenant, vous savez je ne suis pas né de la dernière pluie. J’ai déjà suivi de très près les premières révolutions dans le monde arabe, et notamment une des premières que j’ai suivie de très près, c’était en Iran, à l’époque de Mossadegh. Je me souviens très bien, c’était dans les années 50, 50/55ii, que les Anglais étaient le fer de lance pour les Américains qui sont intervenus après, à la fin. Tout ça pour me rassurer dans mon analyse, à savoir que les choses partaient du monde anglo-saxon. C’est du reste ce qui s’est produit par la suite. D’autres éléments se sont agrégés à cela, notamment les pays arabes, mais l’objectif était de partir d’un petit groupe, ils avaient tout organisé, y compris le remplacement du président : il y avait là dans la réunion, je n’en ai pas parlé, le remplaçant de Bachar el assad. C’était un vieux général. Il n’a peut-être pas gardé cette fonction, mais il était présenté comme celui qui devait succéder à Bachar el Assad. Donc c’est parti de ce moment-là, à peu près 6 mois avant le déclenchement des hostilités.



Michel Raimbaud, ancien ambassadeur français

 « Les États-Unis n’ont qu’une logique : celle du chaos »

Michel Raimbaud, ancien ambassadeur français : « Les États-Unis n’ont qu’une logique : celle du chaos »

Ancien ambassadeur français en Mauritanie, au Soudan et au Zimbabwe, l’écrivain Michel Raimbaud vient de publier « Tempête sur le Grand Moyen-Orient », un ouvrage qui s’annonce déjà comme un classique de la géopolitique moyen-orientale et eurasienne. Il revient sur ce projet élaboré par les néoconservateurs américains qui a non seulement déstabilisé le monde arabo-musulman, reconfiguré les relations internationales, mais fait désormais des vagues jusqu’en Europe, avec la violence qu’on connaît.

Vous dites que l’expression « printemps arabe » n’est pas un concept arabe, mais occidental. Le nouveau président tunisien l’a confirmé. Est-ce cela qui explique ce qui s’est passé dans le monde arabe ?

Tout à fait. La naissance de ce concept est le fait d’intellectuels et de journalistes français. Il se réfère aux printemps démocratiques, celui de 1848 qui a tenté de bousculer les vieilles monarchies européennes vermoulues, le printemps de Prague en 1968, Mai-68 en France… Cette assimilation historique est un peu hâtive. Sans compter qu’en Tunisie, le printemps du jasmin, c’était en hiver !

Vous n’avez pas de mots assez durs pour évoquer le printemps arabe : « Une appellation plutôt usurpée pour une saison sinistre n’ayant guère d’arabe, à part le nom, qu’une vague façade en carton-pâte derrière laquelle se tapissent un fanatisme islamiste de la pire espèce, des pompes à finances wahhabites inépuisables », etc. Et j’en passe…

Je le pense depuis le début. Tous les pays arabes ont été touchés sauf les monarchies. Le Bahreïn est une exception à cause de sa « minorité » chiite qui constitue plus de 70 % de la population. Au Yémen, on a découvert à l’occasion de la guerre civile qu’il existe une minorité chiite, les zaydites, représentant 40 % de la population. Il y a des chiites cachés en Turquie, il en existe aussi au Pakistan, entre 20 % et 25 % de la population.

Comment expliquer que le mal nommé « printemps » ait pu réveiller la guerre froide ? Et que la Russie et la Chine se soient liguées pour contrer ce projet ?

Cette opposition russo-chinoise est une grande première. Jusqu’en 1991, le monde est bipolaire avec, entre les deux blocs, une Chine qui trouble un peu le jeu. Au milieu se trouvent les pays non-alignés, terre de mission pour les deux camps. En 1991, à la chute de l’URSS, on a cru en l’avènement du monde multipolaire. Ce n’était pas vrai : ce que l’on a vu, c’est l’avènement du monde unipolaire, le monde américain. L’Occident va alors pouvoir gouverner au nom de la « communauté internationale », sans opposition, pendant vingt ans, jusqu’en 2011. Puis il va s’évanouir avec les crises de la Libye et de la Syrie.

Tout capote avec ces pays, et nulle part ailleurs. La Chine va se joindre à la Russie lors de la guerre de Libye, le vrai point de rupture. Auparavant, les deux pays avaient été mis en condition pour accepter la résolution 1973, avec l’idée qu’il fallait protéger la population civile. C’est la mise en œuvre de cette résolution qui a fait déborder le vase. Ils se sont rendu compte qu’ils avaient été bernés, et qu’ils avaient fait une erreur en s’abstenant.

Les bombardements commencent le lendemain de l’adoption de la résolution des Nations Unies. L’Otan, qui n’y était mentionnée nulle part, entre en guerre, bombarde tout, démolit tout. En toute illégalité. Si on regarde le chapitre 7 de la charte des Nations Unies, on constate que toutes les dispositions qui encadrent les interventions ont été violées. Y compris celles au prétexte humanitaire. Pour la Chine et la Russie, il n’y aura plus jamais de résolutions à la libyenne. Elles s’opposent six mois plus tard à la résolution sur la Syrie, apposant quatre fois leur veto. Je ne comprends pas que les Occidentaux n’aient pas compris que la Russie et la Chine ne rejoindraient plus jamais la fameuse communauté internationale pour ce genre d’aventures.

La Syrie est donc fondatrice de la nouvelle donne internationale…

C’est l’épicentre d’un conflit global qui dure depuis quatre ans. Si le gouvernement légal de la Syrie était tombé comme les autres auparavant, ou si le régime avait été renversé comme celui de Kadhafi, il y aurait eu d’autres printemps arabes. Mais la Syrie en a été le coup d’arrêt. Les Russes ne voulaient pas tant soutenir la Syrie, mais ils y ont trouvé un partenaire, un point d’ancrage solide. Avant l’Ukraine… Ils ont cultivé l’alliance et rameuté les BRICS autour d’eux, à commencer par la Chine. Quatre vétos sur la Syrie : la Chine garde un profil discret, mais ferme. Impressionnant. Au summum de la crise sur les armes chimiques en Syrie, en 2013, il y avait certes les gesticulations russes et américaines, mais il y avait aussi des navires de guerre chinois au large des côtes syriennes. C’est une première et cela devrait faire réfléchir les Occidentaux.

Pourquoi l’Occident séculier soutient-il des mouvements islamistes qu’il combat chez lui ?

Par absence de logique. À ce propos, il faut distinguer les États-Unis et ses alliés au Conseil de sécurité, qui ont des traditions de grandes puissances, et les alliés privilégiés des États-Unis, mais qui n’ont pas les mêmes motivations. Globalement, les Américains sont ceux qui commandent et ont mis en œuvre une stratégie du chaos. Ils ont continué à soutenir les gens d’Al-Qaïda, dont ils sont les créateurs avec l’Arabie Saoudite et le Pakistan. Puis, quand ils n’en ont plus eu besoin, ils les ont laissé tomber en leur disant « débrouillez-vous ». Mais toute cette affaire s’est retournée contre eux avec les attentats du 11-Septembre.
Les mouvements terroristes internationaux, comme ceux qui sévissent en Syrie et ailleurs dans le Moyen-Orient ou le monde musulman, sont des héritiers d’Al-Qaïda. Les États-Unis n’ont pas de raison de ne pas s’en servir, tout en sachant que ce n’est pas leur modèle social. Ils les utilisent puis, quand ils ne s’en servent plus, ils les bombardent.
Je ne crois pas que les États-Unis aient une sympathie particulière pour les mouvements islamistes, ni pour les Arabes d’ailleurs – cela se saurait. Mais ils peuvent s’accommoder de tout. Leurs meilleurs alliés sont des gouvernements islamistes. Ils ont du mal à trouver des alliés progressistes : ils n’en ont jamais eu dans l’Histoire."

Comment expliquer que le savoir-faire français sur le Moyen-Orient s’avère inopérant ? Il y avait une certaine politique arabe de la France qui est aujourd’hui introuvable. La diplomatie française est-elle victime de myopie ou d’une certaine posture idéologique ?

De Gaulle était un grand homme je pense. Il avait bien une politique arabe exemplaire, il a renversé le cours des relations franco-arabes après l’indépendance de l’Algérie et réussi à changer d’alliance après la guerre des Six-Jours. Après les néfastes conséquences de l’expédition de Suez, c’était un exploit. Une politique arabe a persisté dans une espèce de consensus politique en France. Puis, après le coup d’honneur sur l’Irak, en 2003, la France a commencé à rentrer dans le bercail occidental. Finie la récréation. Le bilan est désastreux.
Elle a pourtant un savoir-faire et avait une grande tradition diplomatique. C’est un grand pays, pas dans le sens d’un pays braillard qui manigance à tout prix… Un grand pays au sens positif du terme. Son retrait peut peut-être changer, mais je ne vois pas venir le changement maintenant.

L’Occident semble préférer le chaos aux États souverainistes…

C’est ce qui apparaît. Le chaos, c’est le but des néoconservateurs qui ont une vieille théorie : il fallait maîtriser toute la zone qui ceinturait le monde communiste soviétique et chinois, et d’autre part sécuriser les intérêts occidentaux. Les Américains se sont aperçus que cette zone était entièrement constituée de pays musulmans. C’est la ceinture verte musulmane, ce qui est devenu le Grand Moyen-Orient de Bush, gonflé au fil des pulsions américaines. Il y avait deux catégories de pays dans cette zone : les États forts, comme l’Iran du shah, ou la Turquie entrée dans l’Otan, peut être aussi l’Irak, des régimes amis de l’Occident. Et les autres qu’il fallait affaiblir, où il fallait provoquer des changements de régime, renverser les pouvoirs en place.
Puis des États ont viré de bord, comme l’Iran avec la révolution islamique. Quand la configuration est défavorable, on essaie de changer le régime, et si on n’y arrive pas, on casse l’État – en particulier les armées du monde arabe –, on ruine le pays. Cette stratégie figure dans beaucoup de documents américains ou israéliens. Ça s’est produit avec les armées égyptienne, irakienne, syrienne et sans doute algérienne.

Sans la crise ukrainienne, les BRICS auraient-ils pris la même importance sur la scène internationale ?

Sans la crise syrienne il faut dire. Car la crise ukrainienne est un développement de la guerre en Syrie. La guerre d’Ukraine s’inscrit dans le grand mouvement qui a déclenché les printemps arabes. En même temps qu’on essaie de contrôler des pays arabes musulmans et d’étendre petit à petit la zone de crise, on tente de casser ce qu’était l’URSS, réduite à la Russie. On veut contrôler la zone d’influence russe et la réduire au strict minimum. La Yougoslavie, en tant que pays communiste indépendant, était la partie la plus exposée ; elle sera dépecée.
Pour permettre l’intégration de toute l’Allemagne réunifiée dans l’Otan, le chancelier Kohl et Bush avaient promis à Gorbatchev que l’élargissement de l’Otan s’arrêtait là. Gorbatchev a reconnu avoir été berné. Cela a sonné la fin de la stabilité internationale. Le pacte de Varsovie a vécu, d’anciens États adhèrent à l’Union européenne et passent à l’Otan. Avec l’entrée des pays baltes dans cette organisation, la Russie est encerclée. Mais c’est la Géorgie qui a été la ligne rouge, puis l’Ukraine. La Géorgie a été le symbole du tournant de Poutine, qui avait au début décidé de collaborer avec les Occidentaux.

Les États-Unis admettent avoir contribué au renversement du régime de Kiev…

Les Européens ne sont pas très exigeants sur la légalité internationale. Peu avant que Ianoukovitch ne parte, la France, l’Allemagne, la Pologne… accouraient à Kiev pour signer un accord sur des élections anticipées entre le gouvernement, l’opposition et la Russie. Puis il y a le coup d’État et personne n’a protesté.
Il y a eu une révolution Orange en 2004-2005 en Ukraine, avant la Géorgie, puis les printemps arabes sont arrivés. C’est le rêve américain qui s’est réalisé. Mais après la crise syrienne, Obama a été vexé : on lui avait évité une guerre inutile et dangereuse, chef-d’œuvre diplomatique des Russes, et il était mis dans l’embarras. Le président américain avait une revanche à prendre. En 2013, quand il a vu que la Russie avançait trop, notamment en Syrie, il s’en est pris à l’Ukraine. À partir de ce moment, finie la concertation entre les États-Unis et la Russie sur la Syrie.
Washington n’a plus laissé Moscou tenter de régler le problème.

La situation en Syrie : les révélations du Prix Nobel et ex-président finlandais Martti Ahtisaari.

Celui- ci a récemment rapporté que l'ambassadeur russe à l'ONU, Vital Tchourkine, aurait proposé un plan de paix avec la Syrie au moment des négociations au sein du Conseil de sécurité, en 2012.
http://www.theguardian.com/…/west-ignored-russian-offer-in-…

Le plan prévoyait de contraindre Bachar el-Assad à quitter le pouvoir à l'issue de négociations avec l'opposition syrienne, articulée autour de trois points : ne pas armer les rebelles, organiser dès à présent des pourparlers entre le régime et l'opposition, et enfin permettre à Bachar el-Assad de se retirer élégamment à l'issue de ces négociations.
Mais la proposition avait été rejetée par la France et ses alliés, persuadés que les jours de Bachar el-Assad à la tête de la Syrie étaient comptés."


Ou bien les Occidentaux voulaient-ils délibérément se donner la possibilité d'instaurer le chaos en Syrie ? Car l'essentiel pour eux n'était pas le départ de Bachar El-Assad, mais le fait de pouvoir placer à la tête du pays l'un de leur pion. 


D. de Villepin « L’État islamique, c’est l’enfant monstrueux de l’inconstance et de l’arrogance de la politique occidentale »


Dominique de Villepin estime que la décision de Barack Obama d’engager une grande coalition sur le terrain est « absurde et dangereuse ». Il y voit une « troisième guerre d’Irak » qui aura pour conséquence de « multiplier » les foyers de terrorisme. Le Figaro le 12 /09/2014

La guerre contre le terrorisme et les crises identitaires, c’est mettre de l’huile sur le feu. A chaque fois qu’on fait une guerre, on doit en faire une autre pour réparer notre incompétence » à répondre à la menace terroriste, a-t-il encore déploré.



Le point de vue du général Jean-Bernard PINATEL sur l'intervention française en Syrie : 


"La décision de François Hollande est l'aveu que la stratégie du «ni Assad, ni Daech», dont il était le promoteur, était une erreur de plus dans son évaluation de la situation syrienne. En effet, dès le début de l'affaire syrienne, François Hollande s'est trompé sur plusieurs points. Premièrement, par idéologie, il a cru à un printemps arabe en Syrie, alors qu'on assistait aux prémices d'une guerre civile confessionnelle financée par l'Arabie Saoudite, le Qatar et aidée par la Turquie. Il s'est trompé aussi sur la capacité de résistance interne du régime d'Assad aidé par l'Iran, le Hezbollah libanais et la Russie. Il s'est trompé encore, comme d'ailleurs Barack Obama, sur la capacité de résistance de Daech aux frappes aériennes américaines. Malgré plus de 3000 sorties, Daech, vaincu par les Kurdes à Kobané et par les milices chiites irakiennes et iraniennes à Tikrit a poursuivi son offensive vers le Sud: prise de Ramadi, chef-lieu du gouvernorat d'al-Anbar en mai 2015, prise de Palmyre en juin 2015. Les États-Unis, pragmatiques comme toujours, ont compris début 2015 que sans l'aide de troupes étrangères au sol, Bagdad risquait de tomber et comme Obama se refusait à renvoyer des troupes américaines en première ligne, la seule option était d'accepter, après la chute de Ramadi, de se coordonner avec les forces iraniennes commandées par général Qassem Soleimani. Le préaccord sur le nucléaire iranien est en partie une conséquence de cette réévaluation. 

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2015/09/27/31002-20150927ARTFIG00122-syrie-hollande-essaie-d-eviter-a-la-france-d-etre-exclue-de-la-table-des-negociations.php


Ce sont l'Iran et la Russie qui possèdent les cartes décisives dans cette affaire car ils sont les seuls intervenants extérieurs à ce théâtre d'opération à avoir des troupes au sol. Et on ne pèse réellement dans l'issue d'un conflit que de cette façon."



La question des ventes d’armes


La cause fondamentale de l’attachement de la France à l’Arabie Saoudite et Qatar, en dépit de toutes les questions de droits de l’homme, c’est évidemment le volume gigantesque de ventes d’armes à destination de ces deux pays, qui achètent ainsi notre complicité et notre soutien à leur politique dans la région.

La France a signé en 2015 avec l'Arabie saoudite pour 10,3 milliards d'euros de contrats. 

Lors du déplacement dans le Golfe, en mai, de Hollande, la France, qui se targue désormais d'être un «partenaire majeur» de la région, avait conclu la vente de 24 avions de combat Rafale avec le Qatar, pour 6,3 milliards d'euros, et annoncé la perspective de dizaines de milliards d'euros de contrats avec l'Arabie saoudite. «Il y aura des annonces qui pourront être confirmées» en juin, avait promis François Hollande. Ces projets, sur lesquels la discrétion reste de mise à Paris comme à Ryad, touchent les secteurs civil et militaire. En mai dernier, Laurent Fabius avait précisé que les discussions portaient sur «20 projets représentant plusieurs dizaines de milliards d'euros s'ils sont menés intégralement à bien». Ils concernent notamment l'armement, l'énergie solaire et nucléaire, la santé, l'aéronautique civile et les transports, avait-il précisé. 

Mercredi en début d'après-midi, un projet d'étude pour l'implantation de deux réacteurs nucléaires français EPR a été signé. De même, Airbus Helicopters annonçait la vente de 23 appareils à l'Arabie saoudite pour 500 millions d'euros. Lors du récent salon du Bourget, un responsable saoudien avait annoncé qu'Aéroports de Paris (ADP) fait partie des candidats présélectionnés pour la concession de l'aéroport de Jeddah. De son côté, la compagnie aérienne Saudi Arabian a commandé 50 Airbus A330 et A320 pour un montant catalogue d'environ 7 milliards d'euros. En matière d'armements, la France, qui pousse spectaculairement ses pions dans la région (vente de Rafale au Qatar, à l'Egypte, de 24 hélicoptères Caracal au Koweit), pourrait également vendre des patrouilleurs et des hélicoptères de type Puma à Ryad, selon des informations de presse.

Par ailleurs, Paris et Ryad ont conclu l'année dernière, après des mois de tractations, un contrat portant sur une vente d'armes françaises au Liban, financée par un don saoudien de 3 milliards de dollars. Les premières livraisons ont commencé en avril. Le rapprochement franco-saoudien, initié avec l'arrivée de François Hollande au pouvoir en 2012, a été favorisé par les tensions entre Ryad et son grand allié américain. En cause : le régime syrien de Bachar al-Assad, que Washington a renoncé à frapper en 2013, et surtout l'Iran, ennemi des émirs du Golfe, avec qui les Etats-Unis veulent conclure un accord sur le nucléaire d'ici la fin du mois.

Dans la négociation internationale sur ce dossier, Paris s'en tient à une ligne dure qui plaît aux monarchies sunnites, effrayées par l'influence grandissante de l'Iran chiite. La France assume sans complexe ce «partenariat stratégique» avec les monarchies du Golfe, et singulièrement avec l'Arabie saoudite. Et ce, malgré les critiques des ONG et les interrogations de certains sur les risques d'une alliance avec un régime wahabbite prônant un islam ultra rigoriste.

Début mai, Amnesty International évoquait le «bilan épouvantable» de l'Arabie saoudite en matière de droits de l'homme, déplorant l'absence de progrès malgré l'arrivée au pouvoir en janvier du roi Salmane. Le cas emblématique du blogueur saoudien Raef Badaoui, condamné à 10 ans de prison et 1.000 coups de fouets pour «insulte à l'islam», est souvent mis en avant par les ONG, tout comme le nombre d'exécutions (plus de 100 depuis le début de l'année) dans le royaume. Après la confirmation de la condamnation de Raef Badaoui début juin, Paris a fait le service minimum, se disant «préoccupé» et demandant «un geste de clémence» aux autorités saoudiennes.


Ancien officier des services de renseignement français et actuellement directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), Eric Denécé parle dans cet entretien des aspects qui ont favorisé le renforcement de la capacité de nuisance des terroristes. L’un de ces aspects, explique-il, est la politique française envers la Syrie.

Des extrémistes français se trouvent parmi Daech et Al Qaîda en Syrie et en Irak. Quelle menace pour la France?

Eric Denécé : C’est une menace importante contre laquelle nous agissons trop timidement. Nos services n’ont pas reçus d’ordre des autorités pour agir contre ces ressortissants français qui sont au sens propre des criminels et des traîtres, collaborant avec des ennemis de la France, responsables d’attentats.

Il s’agit bien d’une intelligence avec l’ennemi et nous ne pouvons objectivement accepter que de tels individus reviennent en France commettre des actions ou répandre le fiel de leur idéologie haineuse.

Ne croyez-vous pas que la politique prônée par le président François Hollande envers la Syrie favorise la menace terroriste contre la France ?

Elle y contribue indéniablement. Mais les attentats d’hier à Paris montrent que malgré notre soutien irresponsable à l’opposition djihadiste de Bachar El Assad et notre silence sur la guerre d’agression de l’Arabie saoudite au Yémen, les terroristes frappent quand même la France. C’est l’illustration horrible mais parfaite des errements complets de notre politique étrangère qui est sans vision, sans compréhension.

En soutenant, finançant et armant les «rebelles» en Syrie, certains États ne sont-ils pas en train de renforcer la capacité de nuisance des terroristes ?

Bien évidemment. En particulier l’assistance que continuent à prodiguer aux djihadistes syriens l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ne vont faire que prolonger le conflit et renforcer ces groupes qui connaissent de sérieux problèmes depuis le début de l’intervention russe. C’est une fuite en avant irresponsable de la part de ces trois Etats qui voient leur stratégie contrée par l’entrée en jeu de Moscou.

Bachar ne tombera pas, et ça, ils ne le supportent pas. Le jeu des Américains est aussi particulièrement ambigu. Récemment encore, Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter disait, à propos de Jabhat Al-Nosrah « si les Russes continuent à bombarder nos gars, il faut qu’Obama riposte » !

Quelles conséquences sur la sécurité mondiale ?

Le risque principal est un durcissement de la position russe à l’encontre des acteurs régionaux, surtout si Moscou découvrait que des missiles antiaériens sont fournis délibérément aux Takfiris ou que le soutien aux islamistes radicaux du Caucase s’accroît.

Les États à l’origine de ce type d’action auraient alors du souci à se faire. Mais la vraie question est : comment réagirait ensuite les Américains. Pour le moment, les relations entre Moscou et Washington – malgré les discours destinés à l’opinion – sont moins antagonistes que les médias le disent. Le risque est donc pour l’instant mesuré.

L’ingérence militaire étrangère en Libye n’a-t-elle pas favorisé l’extension du terrorisme dans plusieurs pays, dont la France ?

Bien sûr, les erreurs n’ont pas commencé avec François Hollande, mais avec Nicolas Sarkozy et l’intervention en Libye, qui a crée le chaos en Afrique du Nord et au Sahel.

Rappelons également que l’Occident dans son ensemble, dont la France, a reconnu le régime illégitime si ce n’est illégal de Morsi et des Frères musulmans en Égypte et a initialement condamné l’intervention de l’armée pour les chasser du pouvoir.

Pour ce qui est de la guerre en Syrie, les projecteurs sont braqués sur les négociations de Vienne. Que peut-on attendre de cette rencontre ?

C’est difficile à dire, car plusieurs pays campent sur leurs positions. La France et le Royaume-Uni réclament toujours obstinément le départ de Bachar, et la Russie et l’Iran ne remettront jamais en cause leur soutien à Damas.

Les Américains eux-mêmes sont pessimistes à l’orée de ce nouveau round de discussions. Mais cela ne veut pas dire que des progrès vers une solution sont impossibles.

(source : les-crises.fr)


Les attentats du 13 novembre à Paris sont malheureusement la conséquence logique et inévitable de la politique occidentale en Syrie.



Hollande prend aujourd’hui la posture du chef de guerre ; c’est bien joué, mais ce n’est pas ça qui va nous empêcher de porter un regard critique sur son action. Car s’il prétend aujourd’hui défendre les Français, il porte une lourde part de responsabilité dans ce qui vient de se passer. 
Premièrement : c’est la France qui a commencé à bombarder l’État islamique, sans avoir aucun mandat de l’ONU, et sans que nous ayons été attaqués nous-mêmes ; Emmanuel Valls a évoqué la légitime défense préventive, ce qui, du point de vue du droit, relève véritablement de la farce. Mais s’il n’y avait que ça, ça ne serait pas grave.
Deuxièmement, beaucoup plus grave : il nous a lancés dans cette guerre contre Daech sans que nous ayons les moyens qui nous permettent d’espérer de gagner, étant entendu dès le départ qu’il était hors de question d’envoyer des troupes au sol ; dans ces conditions, toute guerre est une absurdité ; les bombardements aériens peuvent être efficaces pour soutenir la progression des troupes au sol, ils n’ont jamais permis de gagner sans oocuper le pays et contrôler la population. Avec une stratégie pareille, l’État islamique ne pouvait que se développer, puisque, premièrement, on lui laissait le monopole des ressources matérielles et humaines, et deuxièmement nos bombardements ne faisaient qu’attiser la haine de la population contre la France, et ne pouvait que faciliter le recrutement de troupes contre nous.
Troisièmement, encore plus absurde : seul Bachar El-Assad dispose d’une armée au sol, qui est donc la seule à pouvoir occuper le terrain à la place des djihadistes. Or, toute notre action a consisté fondamentalement à démolir cette armée, en fournissant quantités d’armes, depuis des années, à des prétendus modérés qui le combattaient. Or, détruire l’ennemi de son ennemi, revient mathématiquement à soutenir ce dernier.
Au total, il n’y avait qu’un seul résultat possible : voir se développer l’État islamique en taille et en puissance, et dans la haine de la France.
Mais ça ne s’arrête pas là !
Quatrièmement, cela fait des années que nous entretenons les meilleures relations avec l’Arabie Saoudite, et surtout le Qatar, et que nous acceptons que ceux-ci financent largement non seulement la construction de mosquées, mais surtout l’envoi et l’entretien de prêcheurs salafistes qui empoisonnent nos jeunes de banlieue. De la sorte, nous avons créé des réseaux intérieurs qui peuvent travailler en connivence avec l’ennemi à l’extérieur.
Cinquièmement, bien qu’étant en guerre, nous avons continué à faire comme si de rien n’était, comme si rien ne nous menaçait, et nous n’avons tenu aucun compte des menaces pourtant très explicites et maintes fois réitérées de l’État islamique à notre encontre. La politique pénale très tendre et très compréhensive menée par notre Garde des Sceaux à l’égard des voyous, mais extrêmement sévère à l’égard des gendarmes et de des policiers qui osent simplement dresser un état des lieux, a contribué à répandre un sentiment de mépris à l’égard de la loi française et de ses représentants chez un certain nombre de jeunes désœuvrés et en rupture avec la société.
J’ai d’ailleurs publié régulièrement sur ce site tous les documents et articles nécessaires qui permettaient de comprendre le développement de cette situation : les dangers qui nous menaçaient ont été clairement dénoncés depuis des mois par les autorités les plus compétentes de la police, de la gendarmerie, des forces armées, et même de la justice.
Mais ce n’est pas encore tout !
Sixièmement, alors que nous sommes en guerre depuis des années contre l’État islamique en Syrie (sans rien en dire officiellement aux Français, cela va sans dire, ceux qui voulaient le savoir n’avaient qu’à se renseigner eux-mêmes), nous avons laissé entrer en Europe des millions de réfugiés, que je n’accuse pas évidemment d’être tous des terroristes, mais sans procéder à la moindre enquête sur l’identité de chacun d’entre eux ; au nom de beaux principes nous avons offert un paquebot à tous les djihadistes qui cherchaient à s’infiltrer en Europe, qui clamaient haut et fort depuis des mois leurs intentions, et ne cachaient rien de leur stratégie. Les services secrets russes et syriens ont eu beau nous avertir de la présence de centaines, voire de milliers de combattants au milieu des réfugiés, nous avons absolument refusé d’en tenir aucun compte.
Septièmement, cerise sur le gâteau si j’ose dire, nous venons d’apprendre que notre brillant premier ministre - un de nos écrivains les plus en vue a usé à son encontre d’un vocabulaire plus littéraire que le mien - avait refusé une liste de jeunes Français partit faire le djihad en Syrie, sous prétexte qu’il ne fallait pas collaborer avec El-Assad !


Après tout ça, on se demande comment il aurait été possible que les djihadistes nous ratent. 


Si ceux qui nous gouvernent avaient voulu le faire exprès, ils ne s’y seraient pas pris autrement. De deux choses l’une : ou bien c’est de l’incompétence, et à ce degré-là elle devient criminelle, où ce n’est pas de l’incompétence, et alors c’est de la trahison.



Général Desportes : Obama n'a pas créé Daech, mais les Etats-Unis sont responsables


 Le Figaro du 12/08/2016


FIGAROVOX/ENTRETIEN - Donald Trump considère qu'Obama est le fondateur de Daech et Hillary Clinton sa cofondatrice. Pour le Général Vincent Desportes, les Etats-Unis dans leur ensemble ont une responsabilité, et plus particulièrement George W. Bush.


Saint-cyrien, ingénieur, docteur en Histoire et ancien directeur de l'Ecole de guerre, le général de division Vincent Desportes est aujourd'hui professeur associé à Sciences Po Paris et enseigne la stratégie à HEC. Son livre La dernière bataille de France est paru fin 2015 aux éditions Gallimard.


FIGAROVOX. - Donald Trump a fait polémique cette semaine polémique en déclarant que Barack Obama était le fondateur de l'Etat islamique et qu'Hillary Clinton en était la cofondatrice. Comment comprenez-vous ces propos?


Général Vincent DESPORTES. - Je pense que Donald Trump répète ce que les républicains disent largement de Barack Obama. L'actuel président serait parti précipitamment d'Irak en 2010, ce qui aurait accéléré très fortement la croissance de l'Etat islamique. C'est vrai que la chute de Mossoul en 2014 est postérieure de quelques mois au départ des troupes américaines. Les républicains de manière générale pensent que George W. Bush n'est absolument pas fautif dans le chaos du Moyen-Orient et que c'est Barack Obama qui l'est.


Auditionné devant le Sénat en 2014, vous aviez déclaré à propos de Daech: «Quel est le docteur Frankenstein qui a créé ce monstre? Affirmons-le clairement, parce que cela a des conséquences: ce sont les États-Unis. Par intérêt politique à court terme, d'autres acteurs - dont certains s'affichent en amis de l'Occident - d'autres acteurs donc, par complaisance ou par volonté délibérée, ont contribué à cette construction et à son renforcement. Mais les premiers responsables sont les Etats-Unis»? Maintenez-vous ces propos?


Oui, absolument, mais je veux que mes propos soient bien compris, avec sérieux. Il ne s'agit évidemment pas de théorie du complot.


L'équipe de George W. Bush et les républicains ont rejeté massivement la faute de la destruction du Moyen-Orient sur Barack Obama alors qu'ils en étaient évidemment à l'origine. Ne pouvant justifier leur action qui s'est faite sur un motif qui s'est avéré faux - les armes de destruction massive, ndlr. -, les républicains considèrent que cette intervention militaire était de toute façon une bonne chose car la démocratie qu'ils «espéraient» tous pour l'Irak aurait pu naître si Obama n'était pas parti trop tôt.


C'est évidemment faux. Je ne peux pas savoir exactement ce qu'aurait changé le maintien des troupes américaines, mais, de toute façon, ce n'était politiquement pas possible pour les Américains de rester encore très longtemps, quel que soit le président qu'ils auraient choisi.


Celui qui porte la faute la plus grave, c'est évidemment George W. Bush et son équipe de «néocons» composée notamment par Donald Rumsfeld, Dick Cheney et Paul Wolfowitz. C'est eux qui portent une responsabilité accablante dans l'actuelle destruction du Moyen-Orient et dans l'exacerbation de l'antagonisme entre les chiites et les sunnites. Cet antagonisme existait évidemment avant, mais d'ailleurs, ni vous ni moi ne le percevions. Il faut citer le très mauvais contrôle qui a été exercé sur la personne de Nouri al-Maliki quand il est devenu le Premier ministre irakien en 2006. Il faut citer encore la faute historique de Paul Bremer, administrateur provisoire de l'Irak de 2003 à 2004, qui a expurgé tous les anciens baasistes de l'administration et qui a fait s'effondrer l'Etat irakien. Il a aussi commis une faute absolument majeure en rejetant tous les anciens militaires sunnites en dehors de l'Armée. C'est ainsi lui qui a créé par sa décision le facteur militaire de la création de Daech. La responsabilité des Etats-Unis est ainsi profonde et première. Que Paul Bremer ait pris ces décisions de bonne foi, c'est possible, mais cela n'ôte rien à la question de la responsabilité historique terrible des Etats-Unis dans le désordre du Moyen-Orient. A partir de là, il est de leur responsabilité morale de s'engager à réparer cette erreur, qu'ils soient républicains ou démocrates. Que les Républicains et les Démocrates se rejettent la faute l'un sur l'autre ne sert strictement à rien.


Les Etats-Unis en Syrie ne continuent-ils pas à nourrir le «monstre» puisqu'il leur a fallu beaucoup de temps pour ne plus soutenir le front al-Nosra?


On est là devant le problème compliqué qui est celui d'Assad. Ce qui est vrai, c'est que les Américains, et les démocrates en particulier, ont une vision moralisante des relations internationales. On l'a bien vu en Afghanistan où il a fallu attendre 2008/2009 pour commencer à parler avec les Talibans. Les Américains depuis de nombreuses années n'ont pas une vision réaliste et font de l'anti-Kissinger en permanence.


Tant que vous ne comprenez pas que le monde est d'abord le résultat des rapports de force, tant que vous vous appuyez uniquement sur des principes moraux auto-proclamés, vous refusez la réalité du monde et vous devenez incapable de mener une politique étrangère. Les principes moraux sont importants parce qu'ils correspondent à des valeurs qui sont les nôtres, mais il faut comprendre qu'il ne s'agit pas de valeurs universellement partagées. Sinon, ça se saurait et l'Afghanistan et l'Irak vivraient en démocratie.


La grande difficulté est de déterminer quel est le bien principal ou inversement l'ennemi principal. Or, l'ennemi principal, c'est évidemment Daech dans la mesure où Bachar al-Assad n'a jamais menacé ni les Etats-Unis ni la France. C'est la vision moralisante des relations internationales qui empêche de désigner Daech comme l'ennemi principal et qui fait que l'on a eu tendance aussi en Syrie à nourrir le «monstre» en le désignant mal.


Et la France?


C'est bien en effet de parler des Etats-Unis, mais ce serait encore mieux aujourd'hui de parler de la France car la première cible occidentale de Daech n'est pas Washington. C'est la France et la France ne fait rien. Elle se place dans le sillage des Etats-Unis qui se refusent à assumer leurs responsabilités et à s'engager de manière sérieuse contre l'Etat islamique. Nous sommes engagés, nous avons vu récemment les bombardements tragiques dans la ville de Manbij au Nord de la Syrie. Mais nous sommes engagés qu'à moitié. Les Etats-Unis aussi d'ailleurs. Nous nous refusons à mener une politique étrangère autonome alors que l'Europe pourrait le faire. L'Allemagne est aussi victime de Daech et d'autres pays européens le seront à l'avenir. Nous demeurons dans le suivisme européen vis-à-vis des Américains, qui n'apportent pourtant rien de bon. Nous avons suivi les Américains en Afghanistan et ce fut une faute majeure. Nous les suivons aujourd'hui dans leur semi-intervention et nous voyons bien que ce n'est pas une solution pertinente.


Quel rôle pourrait jouer Paris?


Face à Daech, en dehors des actions en amont qui sont d'ailleurs les plus importantes - reconstruction de la société française -, la seule solution serait de terroriser les terroristes et nous en avons les moyens. Nous nous laissons terroriser par eux en ne faisant que nous défendre. Comme chacun sait et Renaud Girard le rappelait avec justesse récemment dans Le Figaro : l'épée a toujours un coup d'avance sur la cuirasse. C'est l'histoire du monde.


Défendre ne suffit pas. Nous avons une armée pour terroriser les terroristes. Notre budget n'est pas assez important, mais nous pouvons rapidement l'augmenter. Nous avons les équipements nécessaires pour aller conduire des raids dans la profondeur en utilisant notamment nos hélicoptères de combat pour frapper Daech au cœur. Ça fait longtemps que Daech ne craint plus les bombardements, il faut donc mener intelligemment des opérations au sol.


Il est assez étonnant de voir que dans cette guerre, nous n'utilisons pas nos soldats ou en tout cas, nous les utilisons à contre-sens en les déployant sur le territoire national. Ce ne sont pas les quelques canons d'artillerie que nous fournissons à l'armée irakienne qui vont changer la donne. En revanche si au sein de la coalition internationale, un certain nombre d'acteurs - en premier lieu la France - faisaient la guerre et ne se contentaient pas d'envoyer un porte-avions dans le Golfe, ce qui n'a aucun effet, les choses pourraient évoluer. Je ne dis pas que le problème de Daech serait entièrement réglé par le feu que nous porterions en Syrie et en Irak, mais en tout cas, il faut le faire.


Quant à notre territoire national, il faut enfin des mesures de sécurité adaptées pour que le double échec de l'Etat qui s'appelle le Bataclan et Nice soit pris en compte sérieusement. Il faut pour cela aller au-delà des effets de manche de l'exécutif en place.


 




Voir aussi : 

La destruction de l'europe

La stratégie économique Russo-chinoise

L’intervention des USA

Le néofascisme américain

La catastrophe ukrainienne

La constitution de la Crimée

L’extrême droite ukrainienne

Crash du Boeing MH 17

La politique des sanctions

La stratégie de manipulation des masses

La guerre civile

Vers une guerre contre la Russie

Les accords de Minsk 2

P. C. Roberts et l'hégémonie américaine

La doctrine de Brzezinski

Friedman et l'Europe

La doctrine de Wolfowitz