L’origine de la guerre civile

Pour comprendre l'origine de la guerre civile, on peut commencer par regarder la carte des élections présidentielles de 2010 : on voit très nettement la fracture électorale entre l'est et l'ouest du pays, l'Ouest ayant voté en grande majorité pour Ioula Timochenko, et l'est pour Victor Ianoukovitch, le président qui a été renversé. La carte suivante donne le pourcentage de voix obtenues par ce dernier :


Cette fracture électorale correspond à une fracture culturelle et linguistique : l'ouest parle majoritairement l’ukrainien, et l'est parle essentiellement le russe. Il y a à cela une cause historique : l'Ukraine, historiquement, la région peuplée de gens parlants ukrainiens, ne correspond en fait qu’à la moitié ouest du pays ; l'autre moitié est en fait une région conquise au XVIIIe siècle sur les Tatars, peuplée de Russes, qui s'appelait la « nouvelle Russie » (et ce n'est absolument pas un fantasme de Poutine), et qui a été rattachée à l'Ukraine en 1922 par Lénine, afin que la majorité électorale du pays soit effectivement russophone.

Or la majorité des ukrainiens est toujours constituée de russophones, alors que la capitale, Kiev, se trouve dans l'autre partie du pays. Le coup d'Etat de février 2014 a été assez bien accepté par les habitants de Kiev et des régions alentour qui n'avaient voté pour Ianoukovitch qu'à hauteur de 30 % ; à l'inverse, dans les régions de l'Est frontalières de la Russie, la population avait voté massivement pour lui, jusqu'à près de 90 % à Donetsk et Lougansk. On comprend que ceux-ci n'aient pas accepté le coup d'Etat, qui avait renversé le président qu'ils avaient élu, et qu'ils tenaient à garder. La première raison de leur volonté de sécession tient donc dans le fait qu'ils n'acceptent pas le coup d'Etat, et en droit rien ne les y oblige.

Ils avaient d'autant plus de raison de refuser ce coup d'Etat que des élections présidentielles étaient prévues pour le mois de mai, et que le coup d'Etat visait donc essentiellement à empêcher la tenue d'élections démocratiques en écartant les candidats russophones du scrutin ; dans ces conditions, ils n’avaient évidemment plus rien à faire à l'intérieur de l'État ukrainien.

La deuxième raison fondamentale est que les conditions posées par l'Allemagne pour traiter avec l’Ukraine exigeaient que celle-ci rompe ses liens avec la Russie. Si les habitants de l'ouest pouvaient à la rigueur l'accepter, ceux de l'est s'y refusaient catégoriquement.

La troisième raison fondamentale tient au fait qu'un certain groupe de néonazis, à l’idéologie fondamentalement anti-russe, sont allés se livrer à des actes de barbarie dans le reste du pays, et que la justice ukrainienne n'a pas voulu enquêter sur ces affaires. N'ayant pas l'intention de laisser ainsi des assassins s’en prendre à leur population, ils ont évidemment décidé de faire sécession.

Le gouvernement putschiste de Kiev, étant allié au parti néonazi Liberté, a immédiatement tenté de faire réprimer cette tentative de sécession par l'armée, et il a ainsi déclenché la guerre civile. C'est lui et lui seul qui porte la responsabilité de cette guerre civile, qui n'a rien à voir, comme il le prétend, avec une opération « antiterroriste », appellation que toutes les instances internationales récusent, ni avec une prétendue « invasion » de la Russie, laquelle, si elle avait lieu, conduirait à la prise de Kiev en 24 heures (C'est Barosso qui l'a dit, mais pas Poutine).

Qui se bat ?

Contrairement à ce que laissent croire les médias occidentaux, il n'y a pas d'un côté l'armée ukrainienne qui défendrait le pays, et de l'autre côté des miliciens envoyés par la Russie qui chercheraient à envahir. De fait, les effectifs militaires des indépendantistes ont été constamment nourris par l'arrivée de troupes de l'armée régulière que Kiev envoyait contre eux, et qui, ne voulant pas tirer sur leurs propres concitoyens, sont passés du côté des indépendantistes. La guerre civile aujourd'hui oppose d'un côté 1) des militaires ukrainiens obéissant aux ordres du gouvernement de Kiev, 2) des miliciens américains de l'armée privée « académie », l’ex « black water » qui s'est formée en Irak où elle s'est fait une sinistre réputation, (d’après des sources russes confirmées par des sources allemandes) 3) des bataillons (Azov, Aïdar, Dniepr…) de volontaires recrutés parmi les jeunes ultranationalistes de l'ouest du pays, (en particulier de Galicie, où la tradition nazie s'est fortement maintenue depuis la guerre mondiale ; le parti néonazi Liberté y a obtenu entre 33 et 38 % des voix aux dernières élections) ; et de l'autre côté d'autres militaires ukrainiens essentiellement issus de l'armée régulière, auxquels se sont adjoints un certain nombre de volontaires, dont beaucoup viennent effectivement de Russie ; mais il ne s'agit pas là de l'armée régulière russe envoyée officiellement par le gouvernement, il s'agit de militaires qui se sont mis en congé de l'armée pour aller se battre aux côtés de gens qui sont pour eux des frères. Dans les deux camps se trouvent également des volontaires venus d'un peu partout, et des dizaines de Français sont actuellement des deux côtés des lignes de tir.

Je donne ici, à titre d'illustration, l'article de Wikipédia qui relate le siège et la prise de Slaviansk, et qui, étant une encyclopédie américaine, ne saurait être supposée faire de la propagande pro-Poutine :

« En mars-juin 2014, la ville est en proie à des mouvements d'agitation menés par des milices se réclamant de la « République populaire de Donetsk ». Le siège de la ville par l'armée ukrainienne depuis le 12 avril se révèle un échec et cause la mort de civils. La tension grandit également avec le stationnement depuis le 14 avril, à quelques kilomètres de la ville, d'une colonne de blindés de l'armée ukrainienne, commandée par le général Valeri Kroutov. Ce dernier affirme à propos des agitateurs qu'il qualifie de « terroristes » : « Il faut les avertir : s'ils ne déposent pas les armes, on va les liquider. ». Les troupes ukrainiennes de Kiev encerclent la ville le 15 avril avec une vingtaine de blindés et 500 hommes, et bénéficieraient de l'appui de 400 combattants de la société américaine Academi. Nelly Chtepa, maire de la ville nommée par Kiev et ne pouvant exercer son mandat faute de se trouver à Slaviansk, déclare dans une interview à Kiev le mardi 15 avril au matin qu'il « faut débarrasser la ville des miliciens pro-russes qui, selon elle, terrorisent la ville. » Ces propos suscitent l'indignation du maire auto-proclamé de Slaviansk, Viatcheslav Ponomariov. Le lendemain, une partie des blindés envoyés par Kiev changent de camp et se rangent du côté des partisans de la fédéralisation. La foule laisse les autres soldats retourner à leur base de Dniepropetrovsk. D'après les déclarations des soldats envoyés par Kiev, aucun « n'avait l'intention de tirer sur leurs compatriotes. » Il s'agit donc d'un échec de la part du gouvernement intérimaire de Kiev. (…) La ville, dont la défense est organisée par le colonel Strelkov, est encerclée de chars de l'armée ukrainienne. L'eau, l'électricité et le téléphone y sont largement coupés, la ville et ses faubourgs sont quotidiennement bombardés. Les Russes proposent - en vain - l'instauration d'un couloir humanitaire. Des colonnes de chars sont arrêtées à plusieurs reprises par la population (dont le 12 juin 2014). Ponomariov est remplacé au poste de maire par Vladimir Pavlenko, le 13 juin 2014. Ce dernier ayant déjà rencontré des membres de la mission de l'OSCE en Ukraine, se dit prêt à « des discussions sur la nécessité de l'arrêt de la résistance armée dans la région. ».

Slaviansk est reprise par l'armée loyaliste le 5 juillet 2014. »

 Faut-il préciser que Slaviansk est aujourd'hui en ruines ?

La Russie soutient-elle les indépendantistes ?

La réponse est évidemment : oui. Cela ne signifie pas que l'armée russe intervient directement, bien entendu ; une intrusion militaire d'ampleur serait parfaitement visible; et d'autre part, si elle intervenait, il lui faudrait sans doute moins de 24 heures pour parvenir à Kiev. L'accusation d'une invasion russe est donc parfaitement grotesque. Le soutien de la Russie se limite à la fourniture d'armes, de cadres, et de techniciens. Le gros des troupes est fourni par la population des régions indépendantistes. D'autre part, le nombre de volontaires russes qui se sont enrôlés de leur propre initiative dans les armées indépendantistes peut vraisemblablement se chiffrer en milliers. Il n'y a là rien d'étonnant ni de scandaleux : les habitants du Donbass sont quasiment tous d'origine russe, ils ont de la famille de l'autre côté de la frontière, et il est parfaitement naturel qu'ils en reçoivent de l'aide.

Quelle est la situation actuelle des combattants ?

La situation sur le front est très mauvaise pour les bataillons de Kiev, qui perdent sans cesse du terrain; 10 000 hommes sont aujourd'hui en train de se faire encercler dans le chaudron de Debaltseve. L'initiative est clairement du côté des indépendantistes, du fait d'abord que ceux-ci sont véritablement motivés par cette guerre alors que les autres n'en voient guère le sens, deuxièmement du fait que le soutien russe, même faible, se révèle très efficace face à une armée ukrainienne fantomatique, et troisièmement du fait que les indépendantistes ne croient plus un mot des paroles de paix de Kiev, qui n'a pas cessé de mettre à profit la trêve pour renforcer le plus possible l'armement de ses bataillons. Dès la signature des accords de Minsk, il était évident que le gouvernement de Kiev n'avait cherché qu'à se donner du répit de manière à reconstituer ses forces pour reprendre le combat. Les indépendantistes ne leur offriront certainement pas la possibilité de recommencer ce jeu, et les menaces américaines de livraison d'armes ne peut que les décider à en finir le plus vite possible. Jusqu'où vont-ils aller ? Se contenteront-ils par hasard de reprendre Marioupol ? Tenteront-ils de conquérir l'ensemble des régions à majorité russophone, c'est-à-dire la moitié sud-est du pays ? Pourraient-ils essayer d'aller jusqu'à Kiev ? à l'heure actuelle, toutes les options sont ouvertes.

Une des conséquences les plus graves de cette situation est l'agacement des bataillons formés par les militants d'extrême droite, qui rendent le gouvernement de Kiev responsable de leurs échecs militaires sur le terrain. Leur leader politique est en train de les fédérer, pour former une armée parallèle ; il assure aujourd'hui que cette armée obéira au gouvernement ; c'est évidemment une mauvaise farce: si leur volonté était effectivement obéir, ils accepteraient ce que le gouvernement leur propose, à savoir d'être intégrés complètement dans l'armée régulière. Former une armée parallèle ne peut pas avoir d'autre but que de préparer un coup d'Etat, le quel sera diablement facilité par les futurs échecs militaires qu'ils vont connaître.

http://www.ng.ru/cis/2015-02-03/1_pravsek.html : lien vers un article de la Nezavissimaya Gazeta, sur la constitution d'une armée indépendante par le Secteur Droit. 


Témoignage d'un officier ukrainien à la télévision sur la réalité de la situation des combattants dans le Donbass : 

https://www.youtube.com/watch?v=e3OutM3QqRk

"Pour ceux qui ne le savent pas, je suis originaire des territoires occupés, de Perevalsk, je l'avais mentionné lors de la précédente émission. Vous êtes en train de mener des discussions sans même avoir compris que pendant que vous négociez la mentalité change là-bas. Là-bas déjà 99 % de mes amis et connaissances haïssent l'Ukraine. Et pourtant, ils avaient auparavant quitté leur ville et ont vécu ailleurs en Ukraine l'année dernière. Aujourd'hui ils sont revenus chez eux, l'Ukraine ne les a pas accueillis, elle les a laissés tomber. Ils n'ont eu ni travail, ni logement, rien. Aujourd'hui, même les enfants de 15 ans, allez voir dans Vkontakte, sont avec des Kalashnikov. Dans un an ils deviendront des combattants. Pendant que vous jouez aux discussions, pourquoi ne menez-vous pas une guerre d'information ?

Vous avez enfin parlé de ça ; c'est exact ce qu'il dit, tout le monde est déjà au courant, il est clair pour tout le monde que l'armée est nourrie exclusivement par des bénévoles, les provisions fournies par l'État sont faibles. Vous pouvez en rire, mais, excusez-moi, je suis sur le front, pendant que vous restez au QG […]

J'ai vu de quoi les gens étaient habillés. Certes, il y avait beaucoup de rations déshydratées, mais essayez d'abord de manger ça et on en parle après. […]

Nous pouvons gagner cette guerre sans tuer personne, parfaitement. Pour l'instant nous freinons l'assaut. La question s'adresse à nos députés : qu'ont-ils fait depuis un an ? Qu'en est-il des corrupteurs ? Cette corruption, vous l'avez multipliée, vous l'avez multiplié par deux, tous les réseaux de corruption de Yanoukovitch existent toujours et se sont renforcés ; tous les généraux ne pensent qu'à se remplir les poches. [Applaudissements]. C'est donc à vous d'abord de vous interroger : vous, qu'avez-vous réalisé ? ! Vous vous êtes enfermés dans un bâtiment et mis à part d'envoyer quelqu'un quelque part, vous n'êtes capables de rien d'autre. Pourquoi vous y êtes ? Pourquoi faire ? Pouvez-vous répondre ?"



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Voir aussi :

La destruction de l'Europe

L’intervention des USA

Le néofascisme américain

La catastrophe ukrainienne

La constitution de la Crimée

L’extrême droite ukrainienne

Crash du Boeing MH 17

La politique des sanctions

La stratégie de manipulation des masses

Vers une guerre contre la Russie

Les accords de Minsk 2

P. C. Roberts et l'hégémonie américaine

La doctrine de Brzezinski

La doctrine de Wolfowitz