La destruction de l’Europe


La crise actuelle entre la Russie et les Etats occidentaux doit être comprise dans un cadre beaucoup plus large que le sien, qui est celui de la recomposition des forces entre les différentes grandes nations du monde pour les décennies à venir. Le décollage économique des grandes puissances émergentes, Chine, Inde, Russie, Brésil, est en passe de bouleverser la hiérarchie de la planète, et de mettre fin à l'ordre mondial établi depuis la chute de l'URSS par les États-Unis. Le souci essentiel de ces derniers est de se maintenir au sommet de cette hiérarchie le plus longtemps possible, et pour cela, écarter la concurrence. Laisser ces différents Etats se développer selon leur cours naturel provoquera la marginalisation des États-Unis sur l'échiquier mondial d'ici 2050 ; la Chine, qui est d'ores et déjà la première puissance économique du monde, risque de prendre rapidement la première place tant sur le plan politique, que militaire. L'Inde prendra la troisième place, pratiquement ex aequo avec les États-Unis. Leurs alliés traditionnels, les Etats européens, seront relégués très loin : le PNB de la France représentera à peine le neuvième de celui de la Chine.

De ce point de vue, la Russie constitue pour les USA l'État à abattre en priorité pour différentes raisons. D'une part, c'est le seul qui soit doté d'un arsenal nucléaire et d’une technologie militaire susceptibles de tenir tête à l'armée américaine, et de contenir ses ambitions militaires. D'autre part, la partie orientale de la Russie, la Sibérie, est un immense désert qui regorge de richesses naturelles dont l'économie mondiale aura un grand besoin pour assurer ses besoins de croissance dans les années à venir. Enfin, le vieillissement de la population russe, la très faible densité du pays, sa structure fédérale, donnent à penser aux États-Unis qu'une excellente solution pour eux serait de parvenir à démanteler le pays, à le faire exploser politiquement, pour prendre le contrôle de la Sibérie avec ses richesses, et laisser la population de la Russie européenne se débrouiller sans ses ressources. C'est ce qui ressort très clairement du rapport de l'institut de géopolitique StratforStrategic Forecasting, surnommé La CIA clandestine, qui prévoit, pour la décennie 2015 - 2025, que l'affaiblissement économique du pays conduira inévitablement à son démantèlement géographique et politique (https://www.stratfor.com/forecast/decade-forecast-2015-2025) ici, l'intégralité du rapport (en anglais);

j'appuierai ma démonstration en particulier sur le contenu de ce rapport, qui est d'autant plus intéressant du fait qu'il parle de la stratégie politique des États-Unis pour les 10 années à venir, sans traiter en fait directement de la crise ukrainienne ; il permet donc de démontrer clairement que cette crise s'inscrit à l'intérieur d'une stratégie globale, et que cette crise n'est absolument qu'un instrument fabriqué de toutes pièces, sans importance en soi, pour mettre en œuvre cette stratégie ; voici ce que dit ce rapport sur la dislocation future de la Russie :

« In this case, it will cause regions to fend for themselves by forming informal and formal autonomous entities. The economic ties binding the Russian periphery to Moscow will fray.

Historically, the Russians solved such problems via the secret police — the KGB and its successor, the Federal Security Services (FSB). But just as in the 1980s, the secret police will not be able to contain the centrifugal forces pulling regions away from Moscow this decade. In this case, the FSB's power is weakened by its leadership's involvement in the national economy. As the economy falters, so does the FSB's strength. Without the FSB inspiring genuine terror, the fragmentation of the Russian Federation will not be preventable. »

« Dans ce cas, il appartiendra aux régions de se débrouiller par elles-mêmes en formant des entités autonomes formelles et informelles. Les liens économiques liant la périphérie de Russie à Moscou s'effilochera.

Historiquement, les Russes résolvaient ces problèmes par la police secrète - le KGB et son successeur, le Service fédéral de sécurité (FSB). Mais tout comme dans les années 1980, la police secrète ne sera pas en mesure de contenir les forces centrifuges qui éloigneront les régions éloignées de Moscou durant cette décennie. Le pouvoir du FSB sera affaibli par sa dépendance à l'égard de l'économie nationale. Comme l'économie vacillera, il en ira de même de la force du FSB. Sans une véritable terreur inspirée par le FSB, la fragmentation de la Fédération de Russie ne pourra pas être évitée. »

En conséquence, le plan des États-Unis, en fonction de ces analyses, consiste à affaiblir le plus possible l’économie russe, de manière à provoquer la dislocation de l'État fédéral, pour s'emparer ensuite, via leurs compagnies, des richesses naturelles de la Sibérie. On note au passage la manière dont l’institut Stratfor considère la Russie : une sorte d’empire coloniale dont les différentes parties ne restent soudés que par la terreur ; ceci explique la propagande permanente qui est faite : les peuples « soumis » ne demanderaient qu’à être « délivrés » de la Russie par les USA. La stratégie apparaît en filigrane : susciter des mouvements indépendantistes dans les différentes régions de Sibérie, « défendre » le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, prétendre lutter contre le colonialisme russe, dénoncer le régime de « terreur » que celui-ci inspirerait aux populations, user autant que possible des ouvertures de la constitution fédérale de la Russie pour affirmer que ces différentes régions ont droit à l’indépendance.

L'opération de désintégration de la Russie n'est évidemment pas sans risque, du fait de la présence des stocks d'armes nucléaires. Le problème fondamental vient du fait que les États-Unis se lancent dans cette aventure sans avoir la moindre idée de la manière dont ils pourront résoudre ce problème :

« This will create the greatest crisis of the next decade. Russia is the site of a massive nuclear strike force distributed throughout the hinterlands. The decline of Moscow's power will open the question of who controls those missiles and how their non-use can be guaranteed. This will be a major test for the United States. Washington is the only power able to address the issue, but it will not be able to seize control of the vast numbers of sites militarily and guarantee that no missile is fired in the process. The United States will either have to invent a military solution that is difficult to conceive of now, accept the threat of rogue launches, or try to create a stable and economically viable government in the regions involved to neutralize the missiles over time. It is difficult to imagine how this problem will play out. However, given our forecast on the fragmentation of Russia, it follows that this issue will have to be addressed, likely in the next decade. »

« Cela va créer la plus grande crise de la prochaine décennie. La Russie possède une force de frappe nucléaire massive répartie dans l'arrière-pays. Le déclin de la puissance de Moscou va ouvrir la question de savoir qui contrôle ces missiles et comment leur non-utilisation peut être garantie. Ce sera un test majeur pour les Etats-Unis. Washington est la seule puissance capable de régler le problème, mais il ne sera pas en mesure de prendre le contrôle du grand nombre de sites militairement et garantir qu'aucun missile ne sera tiré dans le processus. Les États-Unis devront soit inventer une solution militaire qui est difficile à concevoir aujourd'hui, soit accepter la menace de lancements voyous, soit essayer de créer un gouvernement stable et économiquement viable dans les régions concernées pour neutraliser les missiles au fil du temps. Il est difficile d'imaginer comment ce problème va se jouer. Cependant, compte tenu de nos prévisions sur la fragmentation de la Russie, il s’ensuit que cette question devra être posée, probablement dans la prochaine décennie. »

Comme on le voit à travers ce document, les autorités américaines ne sont plus autrement effrayées par la perspective d'une guerre atomique, qu'elles pensent pouvoir maîtriser avec un minimum de risques, une fois abattue la puissance économique de Moscou. Est-il besoin de préciser le danger immense que de telles analyses, basées fondamentalement sur des illusions, font courir à l'humanité ? Voir : Vers une guerre contre la Russie ?

Notre rapport envisage cependant la possibilité que la Russie parvienne à éviter le déclin, et même à se développer :

« Though we forecast the decline of Russia, Russia poses danger in the short term, particularly with its back against the wall economically. Moreover, whatever we forecast, the United States cannot be certain that Russia will decline and indeed, if it launches a successful expansionary policy (politically, economically or militarily), it may not decline. Therefore, the United States will take measures according to its imperative. It will try to build an alliance system outside of NATO, from the Baltics to Bulgaria, encompassing as many nations as possible. It will try to involve Turkey in the alliance and have it reach to Azerbaijan. It will deploy forces, proportional to the threat, in those countries. »

« Bien que nous prévoyions le déclin de la Russie, la Russie pose un danger à court terme, en particulier si elle se retrouve le dos au mur économiquement. De plus, malgré toutes nos prédictions, les Etats-Unis ne peuvent être certains que la Russie va décliner, et évidemment, si elle lance une politique expansionniste avec succès (politique, économique ou militaire), elle peut ne pas le faire. Par conséquent, les États-Unis devront prendre des mesures en fonction de leurs besoins. Ils devront essayer de construire un système d'alliance en dehors de l'OTAN, des pays baltes à la Bulgarie, englobant autant de nations que possible. Ils devront essayer de faire participer la Turquie dans l'alliance et l'étendre jusqu'à l'Azerbaïdjan. Il faudra déployer des forces, proportionnelles à la menace, dans ces pays. »

Il apparaît donc clairement que le but des États-Unis est d'obtenir la chute de la Russie, coûte que coûte, qu'elle tombe d'elle-même, ou qu'il faille organiser sa chute, par tous les moyens, y compris militaires. Le rapport paraît curieusement ne pas envisager de réaction violente de la part de la Russie ; les experts US croient-ils leur pays si invulnérable que personne n’oserait les attaquer ?

Quelle est la place de l'Europe dans cette stratégie ? Elle est évidemment celle d'une concurrente qu'il faut éliminer. Les liens économiques que les Etats européens sont susceptibles de tisser avec la Russie peuvent naturellement déboucher sur la constitution d'une superpuissance européenne, ce qu'il faut absolument éviter, et le rapport de Stratfor rappelle d'ailleurs que cela a été une constante dans la politique américaine tout au long du XXe siècle : pour les stratèges américains, l’intervention en Europe en 1944 n’avait nullement pour but de « délivrer » qui que ce soit, mais seulement d’empêcher la conquête de l’Allemagne entière par les Soviétiques.

« For a century, the United States has been concerned about the emergence of a hegemon in Europe, and in particular of either an accommodation between Germany and Russia or a conquest of one by the other. That combination, more than any other, might be able to muster a force — between German capital and technology and Russian resources and manpower — capable of threatening American interests. Therefore, in World War I, World War II and the Cold War, the United States was instrumental in preventing this from occurring. »

« Depuis un siècle, les États-Unis ont été préoccupés par l'émergence d'une puissance hégémonique en Europe, et en particulier soit d'une entente entre l'Allemagne et la Russie soit d’une conquête de l'un par l'autre. Cette combinaison, plus que tout autre, pourrait être en mesure de rassembler une force - entre les capitaux et la technologie allemande et les ressources russes avec leur main-d’œuvre - capable de menacer les intérêts américains. Par conséquent, durant la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale et la guerre froide, les États-Unis ont joué un rôle dans la prévention de ce phénomène. »

Ce passage montre clairement que la volonté des États-Unis de ne pas se laisser se développer en Europe une véritable puissance capable de rivaliser avec eux a constitué une constante de leur politique depuis un siècle, et que la tactique a toujours été la même : diviser pour régner.

Cette vision de l'Europe est conforme aux concepts de la géopolitique anglo-saxonne développés par l’Anglais Halford Mackinder (1861-1947) qui a théorisé le principe qu’aucune puissance européenne ne devait unifier l’ensemble du continent eurasiatique (Europe et Russie) car le monde anglo-saxon n’y survivrait pas économiquement.

Les deux guerres mondiales menées par Londres et Washington avaient pour but d’empêcher l’Allemagne de concrétiser ce rêve. Le cœur géographique du continent eurasiatique, « la zone pivot » (Heartland) [PDF], ne doit pas s’étendre jusqu’aux mers chaudes. Toute la politique anglo-saxonne est de contrôler les « terres du bord » du continent eurasiatique (le Rimland) [PDF], selon le géopolitologue américain Nicholas Spykman (1893-1943), afin de contenir l’expansion de la puissance principale du continent européen : Allemagne autrefois, URSS et Russie aujourd’hui. Voir aussi : Ce qu'en pensent les experts

Il est certain qu'une unité politique de l’Europe, compte tenu de ses ressources tant du point de vue des populations, des talents, des connaissances, que des richesses naturelles, conduirait immanquablement à la construction d'une superpuissance qui serait la première du monde. C’est ici qu’apparaît l’utilité de la politique des « sanctions », prétendument dirigée contre la Russie seule : en fait, il s’agit surtout de piéger l’Allemagne, en lui cassant ses plus fortes perspectives de croissance ; la ruse est cousue de fil blanc : en contraignant cette dernière à « sanctionner » la Russie, les USA lui casse économiquement les ailes, en lui fermant la porte du plus vaste territoire où elle pourrait réellement se développer et accroître sa puissance ; or, l’Allemagne étant aujourd’hui le principal moteur de l’économie européenne, c’est évidemment l’Europe entière qui se voit ainsi privée de son plus gros potentiel de développement. Voir : La politique des sanctions.

Comment faire cependant pour que cette politique semble émaner de l’Europe elle-même et n’ait pas l’air d’être imposée par les USA ? La solution consiste à la faire porter sur la scène par des pays européens fortement dépendants de l’alliance américaine, ou en tout cas qui en attendent beaucoup, comme la Pologne ou les pays baltes. (C'est ce que signifie en clair l'expression de B. Obama : "leading from behind", "gouverner par derrière"). Ceux-ci reçoivent un statut d’allié privilégié en échange de leur prise en charge publique des intérêts américains, présentés comme les leurs propres. Ces Etats sont donc chargés de faire semblant de craindre sérieusement une agression russe, de manière à alimenter la propagande et justifier auprès de l’opinion publique européenne tout entière l’immixtion US dans les affaires de l’Europe de l’est.

« Poland will benefit from having a strategic partnership with the United States. Whenever a leading global power enters into a relationship with a strategic partner, it is in the global power's interest to make the partner as economically vigorous as possible, both to stabilize its society and to make it capable of building a military force. Poland will be in that position with the United States, as will Romania. Washington has made its interest in the region obvious. »

« La Pologne bénéficiera d'un partenariat stratégique avec les Etats-Unis. Chaque fois qu’une puissance mondiale de premier plan entre dans une relation avec un partenaire stratégique, il est dans l'intérêt de la puissance mondiale de faire de son partenaire une économie aussi vigoureuse que possible, à la fois pour stabiliser la société et pour le rendre capable de construire une force militaire. La Pologne sera dans cette position avec les États-Unis, tout comme la Roumanie. Washington a montré son intérêt pour cette région de manière évidente. »

On voit donc ici comment la Pologne (ainsi que la Lituanie et les Pays Baltes) est utilisée par les Américains dès aujourd'hui, mais le sera davantage demain, comme instrument géostratégique de division entre l'Allemagne et la Russie. Le principe consiste donc à intervenir sans cesse à l’intérieur des affaires européennes pour créer des divisions, utiliser les spécificités de chaque État pour entretenir des divergences d'intérêts dans le but de briser dans l’œuf toute tentative d'union politique sérieuse qui puisse déboucher sur la constitution d'une véritable puissance.

Résumons l’essentiel ; pour se maintenir au premier rang mondial au moins jusqu'à la moitié du XXIe siècle, les États-Unis ont pris les décisions suivantes :

1 - tenter par tous les moyens de démembrer la Russie, pour s'emparer à la fois des richesses naturelles de la Sibérie et de l'arsenal nucléaire ;

2 - empêcher à tout prix une union politique et économique trop forte entre l'Europe de l'Ouest et la Russie, pour qu'elles ne s'érigent pas en une entité politique capable de prendre le premier rang mondial ;

3 - créer une union militaire qui encercle la Russie européenne, depuis les Pays Baltes et jusqu'à l'Azerbaïdjan, en passant par la Pologne et la Roumanie ;

4 - se servir en particulier de la Pologne pour créer des divisions à l'intérieur de la communauté européenne.

Le but des USA est évidemment de se maintenir en tant que première puissance mondiale, de manière à être capable de faire face à la puissance future de la Chine ; dans cette stratégie, la place des Etats européens devra rester celle de puissances de second ordre, toujours divisés, toujours soumis à la pression des États-Unis, et n'ayant d'autre ressource que de se montrer dociles pour pouvoir profiter de leur protection. Voir : L'intervention des USA.

La seule question importante ici, et dans tout le rapport de Strategic Forecast, est uniquement la défense des intérêts géostratégiques américains, auxquels toutes les autres questions sont soumises ; il n’est nullement question en fait du droit des peuples, de défense des valeurs, ou tout autre considération morale ou même politique. Que tel ou tel pays soit ou non un Etat démocratique, que les peuples aspirent effectivement à tel ou tel avenir, tout cela n’a absolument aucune importance ; une des plus flagrantes preuves qui peut en être donné est l'absence absolue de scrupules du gouvernement US dans l'utilisation des mouvements d'extrême droite et néonazis dans le renversement du pouvoir en Ukraine; voir : L'extrême droite ukrainienne. La seule chose vraiment importante est que les USA se donnent les moyens de conserver leur leadership mondial, et en particulier le contrôle absolu de la situation en Europe. Pour se maintenir à leur degré de puissance, tant dans l’absolu que relativement aux puissances émergentes, il leur faut dépecer la Russie pour s’emparer de la Sibérie et de ses richesses, éliminer l’autre puissance nucléaire qu’elle est pour rester seuls maîtres du jeu militaire sur la planète, et maintenir la division entre les Européens pour qu’ils ne puissent pas s’ériger eux-mêmes en véritable puissance mondiale. Voir : Le néofascisme américain (article de John Pilger). 

On voit donc maintenant quelle est l'utilité de la crise ukrainienne à l'intérieur de ce plan : elle ne sert à rien d'autre qu'à déclencher sa mise en œuvre, et le sort de l'Ukraine, comme celui du Donbass ou de la Crimée, n'a en soi absolument aucune importance (Voir aussi : La constitution de la Crimée). L’Ukraine doit être coupée de la Russie, et détruite économiquement, parce qu’en tant qu’alliée traditionnelle de la Russie, elle peut lui apporter un certain potentiel de développement ; la Russie souffre en effet surtout d’un manque de population, et l’intégration de l’Ukraine avec ses 45 millions d’habitants dans la sphère russe pourrait permettre de résoudre en partie ce problème de sous-population. Couper l’Ukraine de la Russie, avec laquelle elle fait l’essentiel de son commerce, et dont elle dépend presque entièrement sur le plan industriel, revient à la tuer économiquement ; le prétendu rapprochement avec l’UE, présenté par les médias et les gouvernements occidentaux comme une panacée, n’est absolument rien d’autre qu’un leurre, un écran de fumée, derrière lequel on cache la réalité de la situation : il ne s’agit en fait de rien d’autre que de ruiner complètement l’Ukraine, pour casser le potentiel de développement de la Russie. Voir : La catastrophe ukrainienne.

De même, la diabolisation de Vladimir Poutine n’a pas d’autre objectif que de provoquer un sentiment antirusse chez les Européens, leur mettre dans la tête que la Russie est leur pire ennemi et représente un véritable danger dont seuls les USA pourraient les protéger, afin de maintenir l’Europe entière dans sa situation de vassalité. Voir : La stratégie de manipulation des masses. Car ce que montre bien le rapport de Strategic Forecast est qu’une Europe unie, une « Europe, Russie comprise », qui irait de l’Atlantique au Pacifique selon la vision de De Gaulle, deviendrait la première puissance du monde, et que dans ce cas, les USA à leur tour risqueraient de devenir les vassaux de cette puissance.

La seule vraie question qui se pose donc aux Européens aujourd’hui n’est absolument pas de savoir si Poutine est effectivement un méchant garçon qui aurait annexé la Crimée par surprise, elle est de savoir si les Etats Européens resteront indéfiniment des vassaux affaiblis et dispersés des USA, ou s’ils seront capables de prendre leurs intérêts communs en charge et former ensemble la première puissance du monde, seule condition qui leur permettra de défendre enfin eux-mêmes leurs propres intérêts.

De fait, concernant l’avenir de la Russie avec tout ce qu’elle représente en matière de développement économique, politique, militaire, scientifique, il y a trois solutions :

A – Le plan américain fonctionne : les USA démembrent la Russie, s’emparent de la Sibérie, récupèrent le potentiel nucléaire ainsi que les savants russes ; ils deviennent les seuls maîtres de la planète sur le plan militaire, et maîtrisent seuls l’espace. Ils ont les moyens d’imposer leurs lois au monde, et les Etats Européens sont définitivement marginalisés et vassalisés.

B – La Russie s’en sort avec l’aide de la Chine, dont elle se rapproche aujourd’hui à grands pas, et c’est cette dernière qui récupère la mise ; les USA sont brisés économiquement et marginalisés militairement par l’alliance Russie-Chine-Inde, ainsi que leurs alliés européens qui n’ont plus qu’à sombrer dans le sous-développement.

C – Les Européens prennent enfin conscience de la réalité de la situation, ils se décident à intégrer la Russie et à se doter d’un pouvoir fédéral fort ; ils forment alors la première puissance économique, militaire, scientifique du monde. Ils restent alliés avec les Américains, mais cette fois ce sont ces derniers qui jouent les seconds rôles.

Dans tous les cas, La première puissance du monde au XXI° siècle sera celle qui aura intégré la Russie. 

 

Or, seule l’Europe est capable d’intégrer la Russie de manière pacifique, et en tirant un maximum de profits d’une alliance stratégique à tous les niveaux avec le géant de l’Est ; la Russie est culturellement européenne, les Russes adorent la France, et ils savent pertinemment que leur avenir est à l’intérieur de l’Europe.

D’une part, la Russie possède tout ce qui manque à l’Europe : les ressources naturelles, l’espace, la technologie pour conquérir le cosmos, le potentiel militaire nécessaire pour défendre un immense continent ; et d’autre part l’Europe possède également ce qui manque à la Russie : les capacités industrielles, les structures fondamentales permettant à un État moderne de fonctionner au maximum de son potentiel, et les masses humaines qui font terriblement défaut à l’espace russe.

Aussi, l’objectif essentiel de l’État russe est-il de s’intégrer à l’intérieur de la communauté européenne. Si l’Europe réussissait à intégrer la Russie, elle deviendrait la première puissance du monde sous tous les rapports. On comprend pourquoi la CIA dépense des milliards chaque année en propagande, en action politique, pour faire tout ce qui est en son pouvoir afin de nuire au maximum aux relations entre l’Europe occidentale et la Russie.

La plus grande folie que nous pourrions faire actuellement sur le plan politique serait évidemment de refuser la main tendue des Russes.


Extrait d’une interview d’Alexandre Orlov, ambassadeur de Russie à Paris, donnée à Paris-Match le 15 novembre 2015 :

«RELANÇONS LE RÊVE D’UNE GRANDE EUROPE INCLUANT LA RUSSIE»

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N’est-ce pas aussi parce qu’on a ressuscité une ambiance de guerre froide ?
Je le déplore. Ne nous trompons pas d’ennemis ! Voyons les vrais amis, les faux ennemis. La Russie a toujours été une alliée de la France. Pendant les deux guerres mondiales nous étions ensemble. Aujourd’hui, nous le sommes aussi. Cela se voit sur le terrain. Il faut faire un pas en avant pour renouer cette alliance qui a toujours été salvatrice pour nos deux pays.

La Russie n’a-t-elle pas aussi sa part de responsabilité dans la dégradation des relations Est-Ouest ?
Je ne vois pas très bien où. Je constate que cette génération d’hommes politiques en Europe comme aux Etats-Unis ne connaît rien à la Russie. Ils n’y ont jamais été. Contrairement à leurs prédécesseurs. A nous de faire plus pour faire venir les Français et Américains en Russie. Ils verront que c’est un pays de la même civilisation, de la même culture politique. Cela facilitera le dialogue!

Aujourd’hui en France, les amis de la Russie sont à droite comme interprétez-vous cette amitié très politique ?
Je pense qu’il faut la dépolitiser. Mais c’est le choix des partis. Précisons que le discours russe est entendu aussi chez les communistes et dans le parti de Jean-Luc Mélenchon. Il y a un manque de contact avec le parti socialiste. Cela s’explique historiquement. Dans les années 20, après la scission de la gauche, une partie a suivi le parti communiste et l’autre s’est alliée avec les Etats-Unis.

Ce clivage existe-t-il toujours ?
Tout à fait et nous le regrettons. Il y a eu par le passé des tentatives des partis de la Russie qui se réclament du socialisme de nouer des contacts avec le Ps qui, hélas n’ont pas abouti.

Cela affecte-t-il les relations entre Poutine et Hollande ?
Non. Il y a une compréhension mutuelle, une relation humaine. Il faut garder cette fermeté face aux événements et conduire la France non pas à l’échelle d’un mandat présidentiel, mais avec une vision à dix ou vingt ans. Le choix des amis est très important pour déterminer le chemin que l’on veut suivre. Je pense que cet objectif c’est une grande Europe qui inclut la Russie. Il a été rêvé par de Gaulle et Mitterrand. Ils ont vu que l’histoire pousse nos deux pays l’un vers l’autre. Tous les jours nous recevons des lettres par mail, par la poste avec des mots de sympathie, de soutien, de critiques vis-à-vis du gouvernement. Pour moi c’est plus important que certains articles dans les journaux. Ces messages c’est le peuple de France. 


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Voir aussi : 

Les occidentaux et les djihadistes

La stratégie économique Russo-chinoise

L’intervention des USA

Le néofascisme américain

La catastrophe ukrainienne

La constitution de la Crimée

L’extrême droite ukrainienne

Crash du Boeing MH 17

La politique des sanctions

La stratégie de manipulation des masses

La guerre civile

Vers une guerre contre la Russie

Les accords de Minsk 2

P. C. Roberts et l'hégémonie américaine

La doctrine de Brzezinski

La doctrine de Wolfowitz