Voir ici le traité d'amitié et de coopération signé entre la Russie et l'Ukraine en 1997, (en russe). 


Un des monuments de mensonges des médias actuels consiste à laisser croire à l'opinion publique que la Crimée aurait été une région de l'Ukraine, en masquant volontairement son statut de république autonome. La Crimée n'est pas une région, c'est un État, qui possède sa propre constitution, ses propres institutions, qui était unie à l'Ukraine par des traités qui précisaient clairement son statut et ses droits, et en particulier, le droit de rester absolument maîtresse de sa constitution (art. 48), et donc, éventuellement, le droit de reprendre son indépendance, en cas de rupture avec Kiev.

La Crimée a obtenu le statut de république autonome lors de la fondation de l'URSS en 1922. Le droit soviétique précise très clairement ce qu'est une république autonome : ce n'est pas un État indépendant, mais elle possède néanmoins sa propre constitution, son conseil constitutionnel, ses représentants élus, son conseil des ministres. je cite ici le texte de la constitution de 1977: (chapitre 10)

Статья 82. Автономная республика находится в составе союзной республики. Автономная республика вне пределов прав Союза ССР и союзной республики самостоятельно решает вопросы, относящиеся к ее ведению. Автономная республика имеет свою Конституцию, соответствующую Конституции СССР и Конституции союзной республики и учитывающую особенности автономной республики.

Article 82. Une République autonome est une partie de l'Union des républiques. Dans les domaines qui ne relèvent pas de la compétence de l'Union des Républiques Socialistes, elle décide seule des questions relatives à sa gestion. La République autonome a sa propre Constitution, qui s'accorde avec la Constitution de l'URSS et la Constitution de la République fédérale, et prend en compte les particularités de la république autonome.

La République autonome possède donc un statut intermédiaire entre une république fédérée, dont le droit de sortir de l'union est clairement affirmé à l'article 72 (chap. 9), mais elle n'est cependant pas non plus une simple région autonome, dont le statut est défini au chapitre 11.

En 1945, Staline avait réduit la Crimée au rang de simple région, ce qui était absolument contraire à la constitution de l'URSS, et n'avait donc aucune valeur juridique. En 1954, Khrouchtchev, qui était lui-même ukrainien, a rattaché la Crimée à l'Ukraine, de manière totalement autoritaire, illégale, inconstitutionnelle, et sans l'avis des Criméens qui étaient à l'époque en grande majorité russophone.

En 1990, la Crimée a retrouvé son statut de république autonome, avec sa constitution et ses privilèges. Après l'effondrement de l'URSS, la Russie, qui aurait pu la récupérer à l'époque sans que personne ne dise rien, mais tenait à garder l'alliance de l'Ukraine, a contraint la Crimée à rester associée avec cette dernière, sachant qu'elle constituait d'une certaine manière un gage d'alliance entre les deux nations. Les Criméens voulaient redevenir russes, mais la Russie tenait à ce qu'ils restent dans l'Ukraine, pour que celle-ci ne soit pas tentée de rompre son alliance historique avec la Russie (de fait, l'Ukraine a quasiment toujours fait partie de la Russie, puisqu'elle en est le berceau). Le deal était celui-ci : aussi longtemps que les Ukrainiens restaient alliés à la Russie, celle-ci ne reprendrait pas la Crimée ; mais s'ils se séparaient, elle la récupérerait aussitôt. Ce qui s'est passé au mois de mars était donc prévu depuis longtemps, inscrit dans la logique des textes, sinon dans le texte même, et le retour de la Crimée en Russie est parfaitement légitime, même s'il peut être contesté juridiquement.

Voici un extrait de la constitution de la république autonome de Crimée ; je donne ici en russe premièrement, puisque c'est le texte de référence, ensuite en anglais, le chapitre cinq qui traite de l'autonomie de la république ; il s'agit ici de la dernière version de cette constitution, qui date de 2010 :

Раздел V

ГАРАНТИИ СТАТУСА И ПОЛНОМОЧИЙ АВТОНОМНОЙ РЕСПУБЛИКИ КРЫМ

Статья 48. Гарантии и обеспечение статуса и Автономной Республики Крым

  1. Установленные Конституцией Украины, Конституцией Автономной Республики Крым, законами Украины статус и полномочия Автономной Республики Крым, Верховной Рады Автономной Республики Крым и Совета министров Автономной Республики Крым гарантируются государством Украина и обеспечиваются демократическими институтами общества, деятельностью органов государственной власти, Верховной Рады Автономной Республики Крым и Совета министров Автономной Республики Крым, органов местного самоуправления, граждан и их объединений.
  2. Верховная Рада Автономной Республики Крым на основании решения консультативного республиканского (местного) референдума может вносить предложения об изменениях, касающихся ограничений статуса и полномочий Автономной Республики Крым, Верховной Рады Автономной Республики Крым и Совета министров Автономной Республики Крым, определенных Конституцией Украины, законами Украины.
  3. Конституция Автономной Республики Крым может быть изменена исключительно Верховной Радой Автономной Республики Крым. 

 Texte intégral en russe (PdF) / Texte intégral en anglais (PdF)

SECTION V

GUARANTEES OF STATUS AND POWERS OF THE AUTONOMOUS REPUBLIC OF CRIMEA

Article 48.

Guarantying and Securing Status and Powers of the Autonomous Republic of Crimea

1. The status and powers of the Autonomous Republic of Crimea, the Supreme Rada of the Autonomous Republic of Crimea and the Council of Ministers of the Autonomous Republic of Crimea established by the Constitution of Ukraine, the Constitution of the Autonomous Republic of Crimea and Ukrainian laws shall be guaranteed by the State of Ukraine and secured by the democratic institutions of the society, the activity of public authorities, the Supreme Rada of the Autonomous Republic of Crimea and the Council of Ministers of the Autonomous Republic of Crimea, bodies of local self-government, citizens and their associations.

2. The Supreme Rada of the Autonomous Republic of Crimea may, by a resolution of an advisory republican (local) referendum, make motions on alterations regarding the limitation of the status and powers of the Autonomous Republic of Crimea, the Supreme Rada of the Autonomous Republic of Crimea and the Council of Ministers of the Autonomous Republic of Crimea determined by the Constitution of Ukraine and Ukrainian laws.

3. The Constitution of the Autonomous Republic of Crimea may only be altered and amended by the Supreme Rada of the Autonomous Republic of Crimea.

Que dit donc exactement ce texte ? Il dit que l'État ukrainien s'engage à garantir la souveraineté pleine et entière des autorités criméennes sur leur propre constitution dans tout ce qui concerne leurs affaires intérieures, en excluant toute ingérence extérieure, donc ukrainienne éventuellement ; or, du fait que le gouvernement à Kiev avait été renversé par un putsch, et que le gouvernement provisoire avait décidé d'interdire l'usage de la langue russe dans les actes officielles, le gouvernement de la Crimée était en droit de considérer que l'Etat ukrainien dont il faisait partie n'était plus en mesure de respecter ses engagements envers la république, ce qui la dispensait de fait de continuer à en faire partie; on ne saurait exiger d'une république autonome qu'elle se soumette à la volonté de quelques putschistes, manipulés par l'étranger de surcroît. Le coup d'Etat créait une rupture constitutionnelle, laquelle légitimait la sortie de la Crimée. 

Et, contrairement à ce qu’affirment certains commentateurs, la Crimée n’avait absolument pas besoin de l’autorisation de l’ONU, ni des Etats-Unis, pour prendre son indépendance, pas plus que la Nouvelle-Calédonie n'en aurait besoin si un coup d'Etat portait au pouvoir en France un gouvernement ouvertement raciste, et décidant d'interdire l'usage des langues du Pacifique. L'attitude de l'Ukraine à son égard aujourd'hui  n'est rien d'autre que du colonialisme.

Les tenants de la thèse inverse arguent du fait que la constitution de l'Ukraine affirme que l'Etat ukrainien est un, indivisible, et que ses frontières sont intangibles. Bien; c'est la même chose pour tous les Etats, en particulier la République Française. Cela n'empêche pas qu'un Etat puisse avoir des relations particulièrement fortes avec un autre, au point que l'un se trouve inclus dans l'autre, tout en conservant ses propres droits. C'est particulièrement le cas entre la France et les différents royaumes de Wallis et Futuna, qui font partie de la République Française tout en demeurant des royaumes autonomes, où s'exercent l'autorité des souverains traditionnels, selon les lois de ces îles du Pacifique. Selon les accords de 1961, dans ces royaumes, les souverains conservent leurs privilèges, et ils ont parfaitement le droit de reprendre leur indépendance si cela leur fait plaisir. La France a signé des accords dans ce sens, et le grand principe selon lequel la République Française est indivisible n'y change rien: si le souverain de Wallis décide de reprendre son indépendance, la République Française demeurera indivisible et souveraine, mais sans Wallis. 
Il en va de même pour les accords signés entre l'Ukraine et la Crimée : cette dernière demeure une république maîtresse de sa constitution, et l'Ukraine s'était engagée à respecter les pouvoirs des autorités criméennes sur leurs affaire intérieures. Du moment qu'elle ne tenait plus ses engagements, le pacte était politiquement rompu. Quant au rapport de la commission de Venise, il relève tout simplement du foutage de gueule : pas la moindre allusion à l'existence de la constitution de Crimée ! Pas plus que si ce texte n'existait pas, et n'avait pas été voté par la Rada ! C'est comme si on discutait de l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie en ignorant les accords de Matignon. 

Quant à la "manière" dont les choses se sont déroulées, s'il est exact qu'elles sont allées trop vite, avec une intervention russe incontestable, et qu'on peut critiquer la manière dont le référendum a été expédié, il ne faut pas oublier qu'il y avait urgence : Iatseniouk (et Porochenko) s'étaient engagés à laisser les Américains installer une base en Crimée, contrairement à tous les traités signés entre la Russie et l'Ukraine, en particulier le 'grand traité' entre la Russie et l'Ukraine de 1997, qui interdit à l'Ukraine d'accepter des soldats étrangers sur son sol; (art. 6). La rupture unilatérale des traités par Iatseniouk ne laissait pas d'autre choix à la Russie que de faire le plus vite possible. Après l'installation de bases dans les Pays Baltes, de lanceurs de missiles en Pologne - soi-disant dirigés contre l'Iran ! - l'installation d'une base US en Crimée constituait une menace intolérable pour la Russie. Elle était dans la nécessité de faire preuve de fermeté, et d'agir vite : une fois les premiers soldats américains débarqués, il n'y aurait plus que la force pour les faire partir. Tenir les USA à distance est devenu une nécessité absolue pour la Russie et la paix en Europe. 

(J'ajouterai enfin qu'il est particulièrement comique de voir l'Angleterre jouer les Zorro avec la Crimée, quand, sur les 17 territoires "non-décolonisés" figurant sur la liste de l'ONU, 10 sont anglais ! (3 américains, 2 français,1 espagnol, 1 néo-zélandais). 
http://fr.wikipedia.org/…/Liste_des_territoires_non_autonom…)


L’actualité de la crise au jour le jour sur : Europe et Russie

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Voir aussi :

La destruction de l'Europe

L’intervention des USA

Le néofascisme américain

La catastrophe ukrainienne

L’extrême droite ukrainienne

Crash du Boeing MH 17

La politique des sanctions

La stratégie de manipulation des masses

La guerre civile

Vers une guerre contre la Russie

Les accords de Minsk 2

P. C. Roberts et l'hégémonie américaine

La doctrine de Brzezinski

La doctrine de Wolfowitz