Les interventions de nos généraux

sur la crise ukrainienne : 

 1 - Jean-Bernard Pinatel, général, expert reconnu des questions géopolitiques et d'intelligence économique, sur l'attitude du gouvernement US à l'égard de l'Ukraine.

"Le Président Ukrainien avec la complicité du  silence de la majorité des hommes politiques et des médias occidentaux mène une véritable guerre contre une partie de sa population avec la même violence que celle que l’on reproche au dictateur syrien. De plus, les forces armées ukrainienne sont conseillées par des forces spéciales et des mercenaires américains.

Les Etats-Unis et Obama veulent ainsi provoquer une réaction brutale de la Russie qui pourrait faire renaître une guerre froide entre l’Ouest et l’Est. Poutine a bien compris le piège que lui tend Obama, « prix Nobel de la Paix ». Après avoir déconseillé aux séparatistes ukrainiens de faire un référendum, il n’a pas reconnu son résultat et fait preuve d’une modération qui étonne tous les observateurs indépendants alors que des chars et des avions attaquent une population russophone."


 2 - Jean-Claude Allard, général de division, Directeur de recherche à l'IRIS : 

Il n'y a qu'une seule option pour le gouvernement ukrainien, désormais reconnu comme légitime, après avoir été mis en place par une manœuvre des États-Unis ayant fomenté les émeutes de la place Maidan.  "Nous avions négocié un accord pour la passation de pouvoir en Ukraine", affirmait Barack Obama sur CNN le premier février. Le président Porochenko doit donc gagner à tout prix cette guerre. L’ombre de la Russie sur ces combats ne doit pas occulter la réalité : il s’agit d’une guerre civile née du refus d’une partie des Ukrainiens d’accepter le "deal" américain et désireuse d’obtenir un statut particulier au sein de l’État ukrainien.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1321444-ukraine-l-europe-doit-se-demander-si-kiev-satisfait-les-canons-democratiques.html


3 - Général Christophe Gomart, directeur du renseignement militaire:

"La vraie difficulté avec l’OTAN, c’est que le renseignement américain y est prépondérant, tandis que le renseignement français y est plus ou moins pris en compte – d’où l’importance pour nous d’alimenter suffisamment les commanders de l’OTAN en renseignements d’origine française. L’OTAN avait annoncé que les Russes allaient envahir l’Ukraine alors que, selon les renseignements de la DRM, rien ne venait étayer cette hypothèse – nous avions en effet constaté que les Russes n’avaient pas déployé de commandement ni de moyens logistiques, notamment d’hôpitaux de campagne, permettant d’envisager une invasion militaire et les unités de deuxième échelon n’avaient effectué aucun mouvement. La suite a montré que nous avions raison car, si des soldats russes ont effectivement été vus en Ukraine, il s’agissait plus d’une manœuvre destinée à faire pression sur le président ukrainien Porochenko que d’une tentative d’invasion."

(Déclaration devant l'Assemblée Nationale, 25 mars 2015)

http://www.assemblee-nationale.fr/14/cr-cdef/14-15/c1415049.asp


4 - Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’IRIS et général de brigade aérienne:


"Je pense qu’actuellement, la mode est à dire que tout est de la faute de la Russie quand on peut, ça rentre dans un système. Les gouvernants occidentaux ont très largement soutenu le nouveau pouvoir de Kiev en oubliant un petit peu la manière dont il était arrivé au pouvoir et en oubliant qui faisait partie de ce pouvoir. Je pense que les Etats-Unis, aussi, ont tout intérêt à ce que la Russie et l’Europe n’aient pas de trop bonnes relations. Donc là, on est dans quelque chose qui est assez cohérent.

Et puis, ensuite, on a dit que c’étaient des rebelles qui avaient tiré ce missile [le BUK] sans en apporter aucune preuve sérieuse, à ma connaissance. La seule chose que je sais, c’est que ce soit d’un côté ou de l’autre, c’est une erreur et qu’une erreur de ce type a déjà été faite par l’Ukraine, à ma connaissance l’un des rares pays qui ait fait ce type d’erreur récemment."

http://www.iris-france.org/62058-si-les-rebelles-etaient-a-lorigine-du-crash-du-mh17-les-usa-lauraient-fait-savoir/

5 - Le général Gilles Gallet 

Attaché de défense à Moscou au début des années 2000 et, auparavant, en poste à Varsovie à plusieurs reprises, Gilles Gallet est un expert de la Russie et des pays de l’ancien espace soviétique. Il a notamment fait partie de la mission d’enquête de l’Union européenne sur la guerre d’août 2008 en Géorgie. Saint-Cyrien, il est breveté de l’École de guerre et diplômé de l’Institut national des langues orientales et de l’École des hautes études en sciences sociales.


"Ce comportement à l’égard de la Russie contribue au maintien en Europe d’une tension militaire inutile, dangereuse et totalement déplacée au moment où la communauté internationale doit faire face à des menaces autrement plus réelles. À l’inverse, réintégrer la Russie dans le concert des nations européennes, c’est apaiser les tensions sur notre continent et c’est surtout la meilleure façon de favoriser l’évolution du régime politique de la Russie vers un modèle plus européen ; c’est aussi poser les bases d’une coopération politico-militaire susceptible de donner à l’Europe les moyens de répondre aux défis qui se posent à sa périphérie...

Être de nouveau admise dans le concert des nations européennes, c’est ce que veut la Russie au plus profond d’elle-même. C’est ce qui correspond à sa vocation première, à sa culture et à sa civilisation. C’est la condition indispensable de sa nécessaire modernisation politique et économique. C’était d’ailleurs l’objectif prioritaire de Vladimir Poutine au début des années 2000. Le rapprochement que la Russie tente d’opérer de nos jours avec l’Asie n’est pas motivé par une volonté délibérée de s’éloigner de l’Europe. C’est un comportement normal de la part d’un pays de dimension mondiale dont les deux tiers du territoire se trouvent en Asie. C’est aussi une tentative de se doter des moyens de pouvoir se passer de l’Europe, au moment où celle-ci veut l’isoler et la punir. Mais il ne faut pas se tromper : l’âme et l’avenir de la Russie sont en Europe."


6 - Caroline Galactéros, colonel de réserve

Docteur en Science politique, ancien auditeur de l'IHEDN, elle a enseigné la stratégie et l'éthique à l'Ecole de Guerre et à HEC. 

Retrouvez les articles de C. Galactéros sur son blog : 

http://galacteros.over-blog.com/tag/russie/ 

Sur l'élection de D. Trump : 

http://galacteros.over-blog.com/2016/11/figarovox-l-empire-contre-attaque.html : 

"Plutôt que de déclarer légèrement que cette élection «ouvre une ère d'incertitude», comme l'a fait notre président, qui n'a manifestement toujours pas compris ce que la fonction présidentielle exigeait de hauteur de vue et d'intelligence de situation en matière internationale, nous devrions féliciter le nouveau président américain et l'assurer de la disponibilité de la France, au-delà de toute alternance politique, à consolider une relation bilatérale essentielle pour nos deux pays. Nous devons aussi sans attendre, tirer les conséquences de cette bascule géopolitique probable et majeure avec lucidité, et nous atteler à restaurer notre image abîmée d'allié secondaire trop docile. Peut-être en fait la réaction française s'explique-t-elle par un «vertige» (exprimé de manière intempestive par notre ambassadeur à Washington), non pas devant la victoire de Trump, mais devant le désaveu massif de la «politique» moyen-orientale de Paris depuis bientôt cinq ans que cette victoire augure. Nous avons «eu tout faux» depuis 2011 en Libye, mais bien plus encore en Syrie. L'heure est venue soit de changer radicalement d'approche, soit, si nous nous entêtons, d'en payer le prix par un isolement gravissime et une décrédibilisation durable dans toute la région et au-delà."